Une surprise qui n’en a finalement pas vraiment l’air d’une. Ce dimanche soir, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro (condamné à vingt-sept ans de réclusion pour avoir tenté de se maintenir au pouvoir après la victoire de Lula da Silva lors des élections présidentielles de 2022), a terminé en tête des suffrages exprimés au premier tour des élections présidentielles, avec 47 % des voix.
Cette première victoire électorale est lourde de sens, par la symbolique d’un possible retour du bolsonarisme à la tête du pays le plus peuplé d’Amérique du Sud. Qui ouvrirait, entre autre, un bastion supplémentaire à l’extrême droite au sein du continent américain, déjà bien garni par les présences de Donald Trump au nord, de José-Antonio Kast à la tête du Chili, fils d’un ancien membre du parti nazi, ou encore de Javier Milei, en Argentine.
Bien que Flavio Bolsonaro et le président sortant de gauche Lula Da Silva doivent encore s’affronter pour un deuxième tour le 25 octobre prochain, les premiers effets de cette victoire bolsonariste se sont fait ressentir sur tout le continent.
Des relations bilatérales renforcées avec l’Argentine
Depuis le retour de Lula da Silva à la tête du Brésil, il y a quatre ans, et l’accession un peu plus tard de Javier Milei, l’homme politique décrit comme un libertarien d’extrême-droite, à la tête de l’Argentine, les relations bilatérales entre les deux pays sont au plus bas. La cause principale tient à la volonté du président argentin de plaire à Donald Trump, en participant au bashing persistant de Lula en Amérique du Sud, à coups de piques et injures publiques virulentes. L’idée, depuis plus de trois ans désormais, est d’empêcher l’actuel président de 80 ans de briguer un quatrième mandat à la tête du Brésil. Une idée jugée « cruciale » par l’analyste Eduardo Van der Kooy, et qui passe par tous les moyens possibles.
La semaine dernière, l’Argentin déclarait d’ailleurs, lors d’une intervention à l’Assemblée générale des Nations-Unies à New-York, espérer que le Brésil rompe avec la « voie socialiste décadente » et renoue avec des « idéaux de liberté« .
Sur son compte X, Javier Milei s’est vivement exprimé dès la fin des résultats du premier tour, qui a vu Flavio Bolsonaro l’emporter avec 47,03% contre 45,16% pour son adversaire Lula da Silva, du Parti des travailleurs. « La liberté progresse au Brésil ! Félicitations, cher ami. En cette élection historique contre le communiste Lula, je tiens à souligner que le continent américain appartient aux citoyens qui aspirent à la liberté. J’espère que nous pourrons bientôt collaborer afin que l’Argentine et le Brésil demeurent d’excellents partenaires commerciaux, culturels et politiques. Les possibilités offertes à nos nations, unies par cette collaboration, sont infinies. Vive la liberté !«
« Merci, mon ami ! Très bientôt, nos nations seront plus proches ! Que Dieu soit aux commandes ! » a réagi de son côté le candidat du Parti Libéral à cette première main tendue qui en offrira, sans doute d’autres, dans les semaines et mois à venir entre les deux pays.
La dirigeante de l’opposition vénézuélienne d’extrême droite Maria Corina Machado a également réagi, via un post sur X : « Tout mon respect et mon affection au peuple brésilien pour cette journée démocratique exemplaire où il a pu fièrement exercer sa souveraineté populaire par le vote. Mes félicitations à Flavio Bolsonaro, vainqueur de ce premier tour« . Et d’ajouter : « Très bientôt, le Venezuela s’engagera lui aussi sur la voie de la liberté et nous laisserons derrière nous, pour toujours, le communisme, la violence et le crime« .
Même son de cloche du côté du président colombien Abelardo de la Espriella, qui a, lui, exprimé son soutien à Flavio Bolsonaro pendant le dépouillement. « Aujourd’hui, mon cœur est avec le Brésil. Que Dieu ait pitié de notre pays frère comme il l’a eu pour la Colombie.
Le véritable changement passe par la défaite de la gauche« .
La victoire de Bolsonaro a également eu un écho retentissant outre-Atlantique. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a en effet exprimé « ses vœux de réussite« , se réjouissant de « voir se rétablir une amitié extraordinaire entre Israël et le Brésil« .
Pris à la gorge par ses voisins de la droite dure, Lula da Silva, dont le parallèle avec Joe Biden est fréquemment réalisé pour parler d’un « candidat usé » selon Folha de Sao Paulo, semble entraîné dans une tornade politique dont il lui sera difficile de sortir, d’autant plus que les dix autres candidats aux présidentielles, éliminés à l’issue du premier tour, penchent davantage vers la droite.
Les marchés impactés
En parallèle des premiers effets géopolitiques remarquables dans la région, les marchés ont également été grandement impactés, dès le lendemain des résultats, par cette surprise du premier tour. Le réal, la monnaie brésilienne, a vu son court progresser de 4,21%, atteignant ainsi 4,99 reais pour 1 dollar.
Selon des analystes cités par Reuters, un Parlement plus favorable au candidat d’extrême-droite – si victoire – pourrait permettre la mise en œuvre d’un programme économique axé sur le marché, prévoyant une baisse des dépenses publiques, des privatisations et des réductions d’impôts. Une idée qui séduit, forcément, bon nombre d’investisseurs nationaux et internationaux, qui ont dû revoir leurs anticipations sur ces présidentielles, alors que Lula a longtemps été annoncé comme favori au premier tour. Cette réticence à investir, justifiée par une certaine méfiance quant à l’avenir politique et économie du pays, a été presque complètement gommé ce dimanche.
Dans ce courant, plusieurs grandes valeurs ont enregistré de fortes progressions, à l’image de la chaîne de distribution Magazine Luiza, de l’opérateur de la Bourse B3, de la banque BTG ou encore du promoteur immobilier Cyrela dont les titres ont tous progressé de plus de 20 %. Les titres de Vale et d’Embraer, ainsi que l’ETF iShares MSCI Brazil (EWZ), qui permet aux investisseurs internationaux de s’exposer au marché brésilien, ont également progressé.
Des premières spéculations sur les marchés aux nombreuses pressions exercées par les voisins sud-américains jusqu’au-delà des frontières de l’Atlantique, ces élections présidentielles au Brésil démontrent une polarisation globale, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi internationale, où chaque situation politique est scrutée et soumise à de multiples ingérences délibérées.
En amont du dépouillement, le président du Tribunal supérieur électoral (TSE) Kassio Nunes Marques, a d’ailleurs déclaré que « toute menace, tout harcèlement ou toute tentative d’ingérence dans le choix de l’électeur, sous quelque forme que ce soit, sera immédiatement réprimée« . Symbole d’une tension palpable, qui ne risque pas de baisser d’ici le 25 octobre prochain.
Alexis Navarro


