Crise du système de santé et grèves à Nice : « Le gouvernement a décidé de transformer ça en open bar »

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Ce cabinet de médecin généraliste rue Auguste Gal à Nice, a fait grève le jeudi 1er et le vendredi 2 décembre. ©Laure Gonzalez

Jeudi 1er et vendredi 2 décembre, les syndicats de médecins généralistes, libéraux et de biologie ont appelé à la grève pour faire pression sur le gouvernement. En France comme dans le département des Alpes Maritimes, la tension est à son comble pour les professionnels de santé.

Les médecins généralistes, libéraux et les laboratoires d’analyses étaient en grève les 1er et 2 décembre. Un message fort afin d’exercer une pression sur le gouvernement et défendre leurs droits. Pour Jean-Pierre Tétard, médecin généraliste rue Auguste Gal à Nice, les raisons de sa mobilisation sont similaires à celles revendiquées par le Syndicats de médecins libéraux (SML) et le mouvement Médecins pour demain. “Le système médical s’est dégradé. Dans l’urgence, on permet aux pharmaciens de faire des vaccins, aux infirmières de prescrire des médicaments … À Nice, on a 1200 étudiants qui se présentent après le bac en médecine, en première année. Ils en prennent 1 sur 10 alors que ce sont des jeunes passionnés et motivés, et qu’on est en pénurie de professionnels.

Les syndicats demandent une revalorisation de l’acte médical afin de retrouver un métier humain avec plus de temps pour les patients et un salaire à la hauteur de leurs nombreuses années d’études. Les laboratoires d’analyses, eux, tirent la sonnette d’alarme depuis que le gouvernement leur a exigé de rembourser les bénéfices qu’ils ont pu faire durant la Covid. “On a répondu à une demande de la nation. Nous avons alerté le gouvernement dès le départ que suivant les intérêts épidémiologiques et statistiques, le fait d’avoir des tests gratuits n’apporterait rien et qu’il fallait que cela soit pris en charge. Or le gouvernement a décidé de transformer ça en open bar”, s’indigne Didier Benchetrit, Président du directoire de la SELAS BARLA SYNLAB*, à Nice.

Refusant d’être considérés comme des employés de la Sécurité sociale à juste titre, et après des tentatives de négociations auprès de la Caisse nationale de l’assurance maladie (CNAM), toutes refusées, ils rejoignent le mouvement de grève. “Deux ans et demi après la crise sanitaire, le gouvernement prétend qu’on a fait des bénéfices incroyables, confond chiffres d’affaires, TVA et résultats net et nous demande de rembourser ce qu’on a gagné en travaillant. Finalement, si on accepte de rendre 1,3 milliards à l’État, on leur paye plus que ce qu’on a gagné.” Le personnel mobilisé ne s’attend pas à une réaction des hauts fonctionnaires, mais à “faire comprendre que l’État ne nous respecte pas, puisqu’il ne veut pas nous entendre et ne va rien faire. On sera obligés de prendre d’autres dispositions qui auront des conséquences plus graves pour tout le monde.”

Une mobilisation en vue d’un électrochoc

Initiée par le collectif “Médecins pour demain”, la grève est le symbole de la colère des professions médicales. Pour la première fois depuis 2016 et la loi Touraine, les syndicats s’engagent dans des négociations avec la Sécurité sociale et le gouvernement. Leur revendication majeure est d’être rémunérés à la hauteur de leurs responsabilités et de leurs compétences. Ils souhaitent doubler le tarif des consultations, de 25 à 50 euros.

Pour le SML, “ces deux jours de fermeture doivent constituer un électrochoc et donner aux médecins les moyens de rester libéraux”. Trop longtemps soumis aux organismes de santé français comme la Sécurité sociale et les assurances maladies, les médecins réclament des honoraires adaptés pour pouvoir rester libres et indépendants, sans aide de l’État. Après deux années et demi de crise Covid, le personnels soignant est épuisé, physiquement et mentalement. La contribution financière demandée par les pouvoirs publics pour faire face à l’après-Covid et l’incitation à la réduction des dépenses dans le domaine médical sont la goutte de trop.

Malgré la promesse de l’Assurance maladie de revaloriser les généralistes, pédiatres et psychiatres, les revendications ne s’étendent pas seulement aux finances mais aussi à l’humain. Les jeunes médecins s’inquiètent pour leur liberté d’installation, avec l’arrivée des propositions de loi au Parlement sur les déserts médicaux.

*Laboratoires d’analyses SYNLAB à Nice

Laure Gonzalez

*Ce travail a fait l’objet d’une vérification juridique et éditoriale par Lucie Guerra*