jeudi 1 décembre 2022
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Haro sur le loup

Dans le massif du Jura, de nombreux éleveurs ont été victimes d’attaques de loups gris. Des vaches en ont fait les frais. Pour maintenir la cohabitation, les associations se mobilisent. Formée en éthologie, Agnès Quain fait le point sur la situation.

Ysengrin fait de nouveau des siennes. Cette fois, ce n’est pas après Renart que le canidé en a, mais après les bovins. Le loup, qui est déjà présent dans les Pyrénées, erre dans les pâturages du Haut-Doubs et du Haut-Jura. Pas moins de vingt-huit attaques ont été répertoriées dans la région depuis le mois d’août, et quatorze vaches n’ont pas survécu aux crocs des prédateurs dans le département du Jura. L’angoisse monte du côté des éleveurs. Interrogé par France 3 Bourgogne-Franche-Comté, l’un d’eux exprimait dernièrement son impuissance, alors qu’une de ses génisses avait été dévorée « à 80% » par une meute de loup dans le secteur des Rousses (Jura). Pour « éviter la casse », la Fondation Jean Marc Landry, présidée par Agnès Quain, monte au créneau.

Le loup avait disparu du Jura dans les années 1930. Depuis quand est-il réapparu dans la région ?

Agnès Quain : Les premiers individus ont été observés dès les années 1990, mais cela fait seulement dix ans que des dégâts sont constatés. Le loup est maintenant bien installé dans le massif du Jura.

Combien sont-ils aujourd’hui ?

Les chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution. On parle d’une quinzaine d’individus répartis des deux côtés de la frontière franco-suisse. Leur territoire d’occupation s’étend, puisque les jeunes loups quittent souvent la meute pour partir à la conquête d’un nouvel espace.

Représentent-ils une réelle menace pour les élevages ?

Oui, c’est aujourd’hui un élément perturbateur. On avait l’habitude que les loups s’attaquent aux ovins, pas aux vaches. Ils profitent de leur nombre pour s’attaquer à des animaux plus gros qu’eux. On a un exemple similaire, aux États-Unis, où ils s’en prennent aux bisons. De plus, les louveteaux, nés au mois de mai, s’initient à la chasse avec les adultes en automne. J’ai bien conscience que cela ne fait pas plaisir aux éleveurs de perdre des bêtes.

Est-ce qu’il y a des moyens pour se prémunir de ces attaques ?

Il n’y a pas de solution miracle ! En ce mois de novembre, le climat est anormal dans la région, les animaux sont souvent dehors. En dehors des alpages, il faut penser à les rentrer. Des chiens de berger sont expérimentés aux côtés des vaches, tels que des patous ou des chiens d’origines italiennes. Il faut également surveiller les élevages et faire fuir les loups avec des bruits ou des lumières. Les barbelés et les fils électriques se sont révélés inefficaces : les loups arrivent à passer ces obstacles, et ils ne peuvent être installés partout. Nous continuons la collaboration avec les éleveurs, avec l’envoi de bénévoles, pour éviter la casse.

Les tirs de régulation sont-ils efficaces ?

Les faits ont montré le contraire. Du côté suisse, il y a eu deux tirs de régulation, sans que les prédations n’aient cessé pour autant. Il y a une explication : ce sont des jeunes loups qui ont été visés. Ce n’est pas eux qu’il faut abattre pour limiter les attaques, mais plutôt les adultes. Les jeunes n’ont pas eu le temps d’apprendre les techniques de chasse, transmises par leurs aînés. Nous ne sommes pas dans le camp des écologistes de base qui ne désirent pas réguler l’espèce. Ce n’est pas le monde des bisounours, les loups peuvent être dangereux. Pour l’instant, le loup est une espèce protégée, mais cette situation va certainement changer dans quelques années.

Les loups peuvent-ils sattaquer à lhomme ?

On me pose régulièrement cette question. Cette année, un chasseur a eu une mésaventure dans le Jura. Ses chiens étaient poursuivis par trois loups. Il a bien agi avec des tirs en l’air et des cris pour repousser les assaillants. Les loups n’en avaient pas contre l’homme, mais contre ses chiens qui empiétaient sur leur territoire. On est loin du Petit Chaperon Rouge ! Ils s’attaquent surtout à nos meilleurs amis. Je ne laisse jamais mon chien sortir tout seul. Les loups craignent l’homme et se sont habitués à lui, dans un univers de plus en plus urbain. Les récentes attaques sur des êtres humains sont davantage des accidents. Au Canada, une jeune femme a été dévorée par des loups car elle tenait son chien dans les bras. Je conseille toujours de ne pas prendre la fuite devant un loup. Il faut se faire le plus grand possible, les loups sont perturbés par la verticalité. Enfin, faire le plus de bruit possible afin de les éloigner. Cependant, le loup est un animal très intelligent et difficile à cerner. Bien malin qui saurait dire comment il va évoluer.

Rémi Girardet

*Ce travail a fait l’objet d’une vérification juridique et éditoriale par Lucie Guerra*

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