lundi 30 janvier 2023
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Une COP au goût de pétrole

La COP 28 se tiendra à Dubaï en novembre et décembre 2023. Son président n’est autre que le PDG de la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis. Après la Coupe du monde polémique au Qatar, les ONG et les experts de l’environnement fulminent.

Une première pour un chef d’entreprise pétrolière. Sultan Ahmed al-Jaber sera « le président pour la 28Conférence des Parties (COP 28) », d’après un communiqué de l’agence de presse des Émirats arabes unis, daté du 12 janvier 2023. Celui qui est également le ministre émirati de l’Industrie a annoncé les couleurs de cette COP 28 : « Nous apporterons une approche pragmatique, réaliste et axée sur les solutions. » Les États du monde entier se retrouveront à Dubaï, en novembre et décembre 2023, pour réfléchir à des solutions qui permettront de se rapprocher de l’objectif de la COP 21 : limiter le réchauffement global de notre planète à + 1,5 °C.

La COP 27 au Caire, l’an passé, n’a pas débouché sur de grandes mesures, si ce n’est une aide plus importante aux pays les moins développés. Cette année, la direction attribuée à un PDG d’un groupe pétrolier pose problème pour de nombreuses ONG. Selon Climate Action Network International« La menace constante des lobbyistes des combustibles fossiles […] a atteint un niveau dangereux et sans précédent » dans une conférence pour le climat.

Une Coupe du monde qui ne manque pas d’air

En 2010, le Qatar, petit pays de la péninsule arabique, obtenait l’organisation de la Coupe du monde 2022. Encore loin des exigences climatiques, l’émirat a construit huit stades en douze ans, des aéroports, une nouvelle ville dans le désert, et une campagne médiatique pour vanter les mérites de sa pétromonarchie.

La Coupe du monde au Qatar s’est ensuite déclarée comme un événement « neutre en émission carbone ». Difficile à croire lorsqu’on sait que 99 % de sa production d’électricité provenait d’énergie carbonée en 2021. La climatisation dans les stades, les allers-retours des supporters, ou encore l’arrosage des pelouses, font de cette Coupe du monde la plus désastreuse d’un point de vue environnemental. Selon la start-up française Greenly, les émissions de gaz à effet de serre s’élèveraient à 6 Mt d’équivalent CO2 pour cet événement. Presque trois fois plus qu’en 2018, lors de la Coupe du monde en Russie.

Au non-sens écologique, s’ajoute le scandale humanitaire. La construction des nombreux stades et infrastructures a nécessité l’emploi de milliers de travailleurs étrangers, qui pour beaucoup ont trouvé la mort sous la chaleur torride des chantiers. L’image de l’émirat qatari, malgré la réussite économique de l’événement, n’en est pas ressortie grandie.

De la neige au pays de l’or noir

Après les pelouses vertes du Qatar, les autorités saoudiennes s’apprêtent à accueillir de la neige en plein désert. L’Arabie Saoudite a été désignée, en octobre 2022, comme hôte des prochains Jeux asiatiques d’hiver de 2029. Pour recevoir les athlètes de ski, de snowboard, ou de hockey sur glace, les organisateurs prévoient une ville fabriquée de toutes pièces, à 50 kilomètres de la mer Rouge, au nord-ouest de la péninsule arabique. Le prince héritier, Mohammed ben Salmane, a décidé la construction d’une mégapole extravagante et futuriste, étalée sur 170 kilomètres de long : Neom.

Les épreuves des Jeux d’hiver devraient se dérouler plus haut, à près de 2 000 mètres d’altitude, sur le site de Trojena. Malgré l’absence d’eau dans la région, les promoteurs affirment que les températures « descendent en dessous de zéro degré en hiver et les températures tout au long de l’année sont généralement inférieures de 10 degrés » par rapport au reste de l’Arabie Saoudite.

À Trojena, les infrastructures seront nombreuses : lac artificiel d’eau douce, chalets, manoirs et hôtels luxueux. Tout pour plaire aux visiteurs, mais pas vraiment aux professionnels du ski français. « Nous avons pris connaissance avec sidération du projet d’organisation des Jeux asiatiques d’hiver 2029 dans un lieu naturellement pauvre en précipitations et en eau, où il n’existe à ce jour ni station, ni piste de ski. Nous ne pouvons que dénoncer ce projet aberrant et totalement à l’opposé de ce qui est souhaitable pour la planète », ont communiqué les stations françaises.

L’ONG Greenpeace a également critiqué l’organisation de l’événement et a dénoncé des plans qui pourraient « altérer les écosystèmes » de la région.

La goutte qui fait déborder le baril

« L’action climatique est une immense opportunité économique d’investissement dans la croissance durable », avait lancé Sultan Ahmed al-Jaber, lors de sa nomination pour présider la COP 28. Celle-ci apparaît ubuesque pour de nombreux experts de l’environnement. Le ministre de l’Industrie, et PDG d’un groupe pétrolier a beau avoir dirigé le groupe émirati des énergies renouvelables, Masdar, sa nomination déclenche un « conflit d’intérêts scandaleux », s’insurge l’organisation Climate Action Network. En octobre 2022, lors d’un salon international sur le pétrole à Abou Dhabi, Sultan Ahmed al-Jaber conseillait de poursuivre « tous les investissements en hydrocarbures ».

Tasneem Essop, la directrice exécutive du Climate Action Network, appelle à la démission du PDG de son poste en entreprise, sans quoi cela équivaudrait « à une prise de contrôle totale des négociations des Nations unies sur le climat par une compagnie pétrolière et les lobbyistes des combustibles fossiles ».

Le pétrole représente toujours une manne importante dans la péninsule arabique. Ses États sont parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde. Ainsi, les Émirats arabes unis étaient le quatrième pays où la pollution était la plus élevée par habitant en 2019.

Rémi Girardet

*Ce travail a fait l’objet d’une vérification juridique et éditoriale par Lucie Guerra*

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