Après le projet Mbappé, le projet Alcaraz?

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Le projet Mbappé fait déjà des ravages dans le football. Ces parents voyant leurs enfants comme de futurs professionnels. Ce projet se répand-il jusqu’au tennis avec des stars précoces comme Alcaraz ?

Le projet Mbappé cause déjà de nombreux problèmes dans le football. “Il a un coffre énorme, il est box to box, il a des qualités au-dessus de la moyenne”. Voici le message d’un parent au coach d’un club. Jusqu’ici tout va bien. Mais lorsque nous apprenons que cela concerne son enfant de 4 ans, cela devient problématique.

Depuis les records de précocité battus par Kylian Mbappé et la montée des réseaux sociaux, ce projet est un vrai fardeau pour le sport le plus populaire en France. Malheureusement, ce projet se propage dans d’autres sports. Parmi eux, peut-être le sport le plus dur mentalement: le tennis. 

Huit enfants s’affrontent en matchs par équipe sur le terrain 1 du Tennis Club Vauban – © Bastien Rague

L’impossible projet Alcaraz

“J’ai mal au pied ! Je ne veux pas y aller”, crie un enfant à sa mère. Elle lui répond en le traînant par terre : “Tu le diras au coach, mais tu y vas quand même”. Le projet Mbappé est en train de se propager vers le tennis. Les parents voient leurs enfants comme un futur sportif professionnel et donc une potentielle source de revenus. “Les parents s’imaginent qu’il y a un salaire fixe au tennis. Ce n’est pas le cas. Pas de victoire, pas de rentrée d’argent”, constate avec effroi Benoît Giraud, coach au Tennis Club Vauban à Nice.

Éviter de vivre sur la paille

Selon L’Equipe, 80% du prize money en 2023 ont été remportés par le top 10 mondial. Autrement dit, les 20% restants sont pour les centaines d’autres joueurs mondiaux. “Si tu n’es pas dans les 130 meilleurs joueurs mondiaux, il est très difficile de gagner sa vie en faisant du tennis”, ajoute Benoît Giraud. 

Le problème des réseaux sociaux

Il faut dire que les réseaux sociaux n’arrangent pas le problème, bien au contraire. Ils renforcent le souhait pour les parents de faire de leur enfant un professionnel. “J’adore Patrick Mouratoglou. Mais lorsqu’il publie des vidéos sur TikTok d’un enfant de même pas 10 ans qui joue avec deux coups droits, c’est ridicule”, se lamente Benoit Giraud. 

De l’endettement… 

Persuadés qu’il existe un énorme potentiel chez leur enfant, certains parents décident de l’inscrire au sein d’une académie extrêmement réputée. La Mouratoglou (Sophia Antipolis) ou la All In (Grasse et Villeneuve-Loubet) pour ne citer que celles présentes dans la région azuréenne. Il faut compter jusqu’à 80 000 euros par an (logement, accompagnement, soins, coaching compris). Donc avant d’être une source de revenus, l’enfant est une source de dette pour les parents. Certains vont même jusqu’à faire un crédit voire un appel aux dons.

…jusqu’à la déscolarisation

Le tennis est un des sports les plus durs mentalement. Un sport individuel dans lequel le joueur est seul dans sa bulle et décide du sort de son propre match. Même s’il est plusieurs niveaux au-dessus de son adversaire, quelques fautes et il peut perdre le fil du match. Il existe deux inconvénients majeurs : la triche (car les jeunes s’auto-arbitrent au départ) et l’omniprésence des parents. Certains ne comprennent pas que le tennis peut être juste un loisir. Comme le raconte Benoît Giraud : “Les parents sont prêts à tout pour faire de leur enfant le nouveau Nadal ou Alcaraz. Jusqu’à même arrêter l’école et les placer au CNED (Centre National d’Enseignement à Distance, n.d.l.r.) alors qu’ils ont dix ans et qu’ils sont 30/2 (classement très bas au tennis, n.d.l.r.).”

Plus les réseaux sociaux se développent, plus les records de précocité sont battus, plus la situation du tennis se dégrade. Que se passera-t-il si, un jour, un Français vient à remporter un Grand Chelem ?

Bastien Rague