mercredi 29 juin 2022
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Orelsan: basique, simple

Sous son air de « rappeur branleur », Orelsan cache l’âme d’un travailleur acharné. Son triple sacre, le 11 février, aux Victoires de la Musique en est la preuve. Une ascension sur le devant de la scène du rap français, portée par la présence d’un entourage solide dont celle de son frère Clément, pilier de sa réussite. Portrait.

Jogging large, sweat à capuche, un bonnet cache une partie des yeux d’Aurélien Cotentin alias Orelsan. Une dégaine qui transpire la nonchalance.

2006. Le Normand ne le sait pas encore mais il s’apprête à vivre la plus grande honte du début de sa carrière. Pour se faire un nom, le natif d’Alençon débarque fraîchement à Paris avec sa bande de potes. Direction le Unkut Contender, un concours de punchlines devant un public de 4.000 personnes organisé par Booba. « Orel, c’est Eminem, j’en suis sûr. Il a son insolence et sa provocation. On va mettre Caen sur la carte du rap », clame son frère Clément, à l’époque. Il n’en sera rien. Du moins, pas tout de suite.

Micro en main, la foule hue sa prestation. Les sifflets font résonner la salle Marcel Cerdan. « En 30 secondes, il se fait sortir. Les rappeurs ne le connaissaient pas. Ils étaient tous morts de rire », se remémore Skread, son producteur. Mais cette désillusion lui doit finalement l’un de ses meilleurs titres, « Jimmy punchline » qu’Orelsan savoure aujourd’hui: « Je n’ai jamais remarqué, mais c’est vrai. Ce titre, je l’ai rappé lors du concours. Comme quoi, tout ce que tu fais te servira. C’est ma première leçon. »

Un amour fraternel

Intimement lié à son frère Aurélien, Clément Cotentin, lui, le savait: Orelsan semblait loin d’être « Perdu d’Avance ». En retrait avec la musique, son petit frère se lance, caméra en main. Naît alors « Montre jamais ça à personne », un documentaire exclusif diffusé sur la plateforme Amazon prime depuis octobre 2021. Une immersion de 20 ans, où l’on découvre le Normand sous une toute autre facette. « J’ai des milliers d’heures d’enregistrement. Il a fallu plus de trois ans de travail pour monter ce documentaire », explique Clément Cotentin. D’un appartement aux allures de squat en passant par les plus grandes salles de spectacle, l’histoire raconte avant tout une étroite relation entre deux frangins.

« J’ai toujours su que mon frère allait sortir un album. Sa petite bande m’impressionnait. Ils pouvaient passer des nuits entières à monter un clip qu’une petite centaine de personnes allaient visionner », raconte l’auteur du documentaire. Au fil des années, Orelsan oublie la caméra et se livre sans filtre. Dans la déconne, à travers des moments de tristesse ou parfois à deux doigts de l’abandon, Aurélien se dévoile tel un homme touchant et bosseur. « On peut penser que j’éprouve un amour béat pour mon frère, mais je ne connais personne qui se donne autant. On ne peut pas le jalouser : il n’a pas de mauvaises intentions. Il est toujours sincère, même quand il se trompe », conclut le cadet de la famille Cotentin.

Le tremplin: MySpace

Tout part d’une idée de Skread, son producteur. L’ère « internet » émerge. Orelsan s’explique: « Un jour il m’a dit : il y a un truc qui s’appelle MySpace, tu peux mettre des sons en ligne. C’était mon seul moyen de montrer aux gens ma musique. » Pari gagné. Le rappeur se filme lui-même, et gère tout de A à Z, façon couteau suisse. La hype fait exploser le concept. Les premiers clips font le buzz. Bien entouré, Gringe (Guillaume Tranchant de son vrai nom) crée le groupe « Les Casseurs Flowters » et suit Orelsan dans l’aventure.

« Il était dans un truc déjanté, mais en même temps il rappait. C’est là qu’on s’est pris une claque, on a commencé à le suivre à ce moment-là », apprend Gims sur Amazon prime. Déjanté ? Peut-être parfois un peu trop. Car la réalité le rattrape. Son morceau « Sale pute » fait l’effet d’une bombe à retardement. En 2009, le rappeur se retrouve au cœur du tourbillon médiatique pour provocation à la violence envers les femmes. « Mon grand-père m’a demandé pourquoi j’avais fait ça. Il pensait que j’allais faire de la prison », avant d’ajouter, « J’arrivais aux abords des salles de concert, les tags fleurissaient: Aurélien on va te péter les dents », se remémore le rappeur dans son documentaire.

La musique comme seule réponse

« Ma vie est-elle mieux depuis que je fais de la musique ou pas ? ». Et si tout s’était arrêté ici ? Le rap continue de faire sa place dans le paysage français, et les soutiens forgent l’artiste. « Orel, c’est quelqu’un d’anticonformiste dans ses textes, on a la même démarche, celle de plier les codes », déclare Nekfeu à l’époque. Un second souffle vécu comme une nouvelle vie.

Le « Chant des Sirènes » cartonne, avant d’être certifié double platine (200.000 ventes). Ce succès lui vaut même une première Victoire la Musique en 2012. Entre temps, son duo avec Gringe lui fait gagner en crédibilité. Son retour avec « La fête est finie », nouvel album solo, le hisse à son apogée. Disque d’or en trois jours, son titre « Basique » est le fruit de son succès. « La perfection, une mélancolie contagieuse d’un rappeur de 35 piges, pas encore décidé à vieillir », décrit Les Inrocks.

Avec ou sans cheveux blancs, l’ère Orelsan ne semble pas révolue. « Civilisation », sa quatrième œuvre, est certifiée disque d’or, avant même sa sortie. Cerise sur le gâteau, il finit sur la première marche des ventes « albums urbains » de 2021 (340.000 ventes). Le 11 février, il est sacré « artiste masculin de l’année » aux Victoires de la musique. Il reçoit deux prix supplémentaires, celui de la « chanson de l’année » et de la création audiovisuelle grâce à son documentaire autobiographique. Avec Orel, la fête n’est décidément pas finie.

* Ce travail a fait l’objet d’une double vérification juridique et éditoriale par Enzo Bellini et Léna Peguet *

Pacôme Bienvenu

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