« Elle s’appelait Inass » : après 39 ans, le procès de la martyre de l’A10 cherche enfin la vérité

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31 ans après la découverte du corps de « la martyre de l'A10 », le procès de ses parents s'est ouvert ce 2 novembre 2027. @Unsplash

À Blois, les parents d’Inass Touloub, fillette de 4 ans retrouvée morte et mutilée au bord de l’A10 en 1987, comparaissent depuis le 2 novembre devant la cour d’assises du Loir-et-Cher. La mère est jugée pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort, le père pour complicité, dans l’un des plus anciens cold cases français élucidés grâce à l’ADN.

Le 11 août 1987, des agents d’entretien découvrent dans un fossé de Suèvres, en Loir-et-Cher, le corps d’une petite fille enveloppée dans des couvertures. 

Les blessures constatées (coupures, morsures, brûlures) font de cette affaire l’une des plus traumatisantes de l’époque. 

Pendant plus de trente ans, la victime n’a pas de nom : on l’appelle « l’inconnue de l’A10 », puis « la martyre de l’A10 ».

L’enquête avait été close à deux reprises, en 1991 puis en 1997, faute de moyens techniques et d’indices suffisants. Les gendarmes avaient pourtant exploré des pistes multiples, jusqu’à des hypothèses spectaculaires, sans jamais identifier la petite victime.

Le déclic intervient en 2017 : lors d’une intervention pour une bagarre dans un snack de Villers-Cotterêts, dans l’Aisne, l’ADN du gérant correspond à celui prélevé sur le corps de l’enfant. Il s’agit de l’un de ses frères. Les enquêteurs remontent alors jusqu’à ses parents, et l’identité d’Inass Touloub est révélée publiquement en 2018.

Un procès sous haute tension

Dès la première audience, les deux accusés ont nié toute responsabilité. Interrogée par la présidente, Halima El Bakhti a répondu : « non, c’est ma fille », tandis qu’Ahmed Touloub a affirmé : « j’ai rien fait. J’ai jamais touché à aucun de mes enfants ».

Les deux parents comparaissent libres et encourent, en cas de condamnation, la réclusion criminelle à perpétuité. La mère est jugée pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort. Le père est quant à lui soupçonné d’avoir eu connaissance des violences exercées sur sa fille, sans les avoir empêchées.

La justice face à un dossier hors norme

Ce procès, qui a commencé ce 2 novembre, n’est pas seulement celui de deux accusés : il est aussi celui d’une enquête de près de 40 ans. Les premiers enquêteurs témoignent devant la cour, comme Rémy Maunier, gendarme à la retraite, revenu sur les recherches menées dès 1987, notamment dans plus de 66 000 écoles.

Le tribunal doit désormais examiner les expertises médico-légales. Un médecin légiste était attendu à la barre ce mercredi 4 novembre pour livrer son analyse des blessures d’Inass, une étape décisive pour comprendre les circonstances exactes de sa mort.

Au-delà du verdict, l’enjeu est symbolique : rendre à Inass Touloub une identité, une histoire et une dignité. Son corps avait été découvert alors qu’elle n’avait que 4 ans , son nom n’a été connu que 31 ans plus tard.

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 18 novembre prochain.

Nina Bracciali