
Kévin T., 39 ans, a ouvert le feu à Trappes et La Verrière le vendredi 23 octobre et a tué Pengo Bossio Wangi, 26 ans. Sept personnes ont également été blessées. Le suspect a été interpellé vingt minutes plus tard et a été transféré dans la nuit du 28 au 29 octobre au tribunal judiciaire de Paris. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une information judiciaire et requiert son placement en détention provisoire.
« Il était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça », a déclaré Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, à propos du principal suspect.
Il était aux alentours de 10 heures, ce vendredi 23 octobre, lorsque Kévin T. a ouvert le feu depuis sa voiture à Trappes et La Verrière. L’attaque a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et fait sept blessés : quatre grièvement et trois plus légèrement, dont une enfant de 11 ans dont le pronostic vital n’est plus engagé depuis dimanche.
L’attaque s’est déroulée en huit scènes de crime, sur un parcours d’environ 12 kilomètres entre Trappes et La Verrière. Selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen, au moins 128 munitions ont été tirées.
Pengo Bossio Wangi, Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo et pratiquant les arts martiaux mixtes, a été abattu lors de la troisième scène.
Le principal suspect a été interpellé à 10 h 20 à Coignières par cinq membres de la brigade anticriminalité, vingt minutes après la fin des tirs.
Ce que reconnaît le suspect
À l’issue de sa garde à vue, Kévin T. reconnaît avoir tiré « en mode rafale » ainsi que la préméditation de son acte.
Selon Olivier Christen, il admet avoir « spécifiquement ciblé des personnes, je cite, “de types musulman ou africain, nord-africain” », et avoir choisi Trappes parce qu’il considérait la ville comme un « repaire d’islamistes ».
Le suspect conteste en revanche toute intention terroriste et considère son action comme « légitime », et aurait déclaré ne ressentir « aucun regret ». Lundi, il contestait encore le caractère raciste de ses crimes.
Mise en examen et détention provisoire requises
Le Pnat a ouvert une information judiciaire des chefs d’« assassinat » et de « tentatives d’assassinats » « en relation avec une entreprise terroriste », avec la circonstance aggravante que les faits ont été commis en raison de l’appartenance, vraie ou supposée, des victimes à une « prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée ».
Kévin T. est également visé pour « tentative de destruction du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes en relation avec une entreprise terroriste », ainsi que pour « acquisition, transport et détention non autorisée de matériel de guerre, armes, munitions et de leurs éléments de catégorie A et B en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroristes ».
Le parquet a requis sa mise en examen et son placement en détention provisoire.
Un arsenal et un appartement piégé
Dans sa Renault Clio grise, les enquêteurs ont découvert un pistolet-mitrailleur de calibre 9 mm, plusieurs chargeurs et munitions, un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes et un brassard « Police ».
Son appartement avait été piégé avec des bouteilles de gaz et des fils électriques reliés à un minuteur. Selon le procureur, le dispositif était « de nature à détruire l’appartement et à endommager les appartements adjacents ».
Lors de la perquisition, les enquêteurs ont notamment saisi un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux, ainsi que plusieurs livres, dont un Coran, une Bible et Mein Kampf.
Autocollants RN, mais aucun tract dans la voiture
La perquisition a aussi permis de découvrir 227 autocollants rangés dans un tiroir : 30 avec la mention « Vive la France, RN, fiers d’être Français », 99 « 100 % Français. Vive la France » et 98 « Soutien aux forces de l’ordre ».
Kévin T. a affirmé avoir lui-même dessiné ces autocollants et les avoir fait fabriquer via Amazon il y a plus d’un an. Il a déclaré n’être « adhérent ou sympathisant d’aucun parti politique », et a expliqué des photographies prises lors d’une réunion propalestinienne en affirmant avoir « infiltré les gauchistes ».
Le Pnat a en revanche démenti l’existence de tracts politiques dans le véhicule : « Je tiens à préciser qu’aucun tract d’un parti politique n’a été découvert dans son véhicule », avait déclaré Olivier Christen.
Garde à vue et examen psychiatrique
Placé en garde à vue dès son interpellation, Kévin T. a vu la mesure suspendue ce dimanche 25 octobre après un bilan psychiatrique.
Un nouvel examen, ce lundi 26 octobre, n’a pas relevé de symptômes de décompensation aiguë ni de signes d’activité hallucinatoire ou délirante, et la garde à vue a repris à 14 h 46.
Elle s’est achevée dans la nuit de mercredi à jeudi, peu après minuit, dans la limite des 96 heures prévues pour une enquête terroriste. Le suspect a ensuite été transféré au tribunal judiciaire de Paris.
Quatre membres de l’entourage familial et amical de Kévin T. avaient également été placés en garde à vue après l’attaque, afin de déterminer s’ils avaient eu connaissance de son projet ou participé à sa préparation. Ils ont été remis en liberté le lundi 26 octobre au matin, sans mise en examen à ce stade.
Une bataille politique immédiate
L’attentat est survenu après les violences du 17 octobre, qui avaient déjà alimenté un affrontement entre gauche, droite, extrême droite et gouvernement sur l’ordre public et l’immigration.
Eric Zemmour avait notamment parlé, sur LCI, d’une« horde de barbares maghrébins et africains », des propos dénoncés par le Conseil représentatif des associations noires (Cran) comme ayant pu nourrir un climat de haine.
À l’Assemblée nationale, la gauche a dénoncé la responsabilité des discours d’extrême droite dans la radicalisation raciste. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a accusé une partie de la gauche de « recel politicien » et de « faire le jeu du Rassemblement national », tandis qu’Emmanuel Macron a appelé à « l’unité » et à « la dignité ».
La controverse sur le RN
Une information du journal Le Monde, attribuée à une source anonyme proche de l’enquête, avait évoqué la découverte de prospectus du Rassemblement national dans le véhicule du suspect. Le Pnat a démenti cette information concernant la voiture.
Le RN a annoncé des poursuites en diffamation contre le quotidien, accusé d’avoir diffusé une information « mensongère » pour le « salir ».
Éric Ciotti, maire de Nice, a appelé « l’ensemble des élus d’extrême gauche ayant diffusé l’immonde fake news sur l’attentat de Trappes à retirer leurs publications et à présenter des excuses publiques ».
Hommage national
L’Assemblée nationale a observé ce mardi 27 octobre, une minute de silence en hommage à Pengo Bossio Wangi, ainsi qu’aux blessés.
Le gouvernement a annoncé qu’un « hommage national sera rendu », selon des informations relayées ce jeudi, cet hommage sera présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, et non par Emmanuel Macron.
Nina Bracciali


