Les nagas, gardiens des temples de Thaïlande et bien plus encore…

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Le Wat Huay Pla Kang, situé dans la ville de Chiang Rai, est connu à travers tous le pays pour ses majestueux nagas blancs. Photo ©ClaraAuthier

De l’entrée des temples aux récits transmis depuis des siècles, le naga est le trait d’union entre les croyances anciennes liées à la nature et le bouddhisme thaïlandais.  

Impossible de les manquer en parcourant la Thaïlande, ces grands serpents, parfois sertis de pierres précieuses. Leur corps sinueux longe les escaliers, tandis que leur tête, parfois couronnée de plusieurs capuchons, se redresse vers le visiteur. Ceux qu’on appelle les nagas (พญานาค, prononcé : phaya nak), montent la garde à l’entrée de la plupart des temples bouddhistes. 

Dans la culture thaïlandaise, ils sont traditionnellement considérés comme des protecteurs du sacré. Leur rôle est donc loin d’être simplement décoratif.  

Le naga est aussi un symbole du passage entre différents mondes, notamment entre celui terrestre et spirituel. 

Des origines plus anciennes que le bouddhisme  

Bien qu’aujourd’hui les nagas s’observent aux abords des temples bouddhistes, leur histoire ne commence pas avec la religion. 

Dans l’Asie du Sud et du Sud-Est, les serpents étaient déjà associés à des cultes de la nature. Les nagas appartenaient donc aux anciennes croyances liées aux esprits des eaux et des paysages. 

Ce n’est que plus tard, lorsque les traditions indiennes, l’hindouisme puis le bouddhisme, se sont  diffusées en Asie du Sud-Est, que ces croyances préexistantes ont été intégrées aux pratiques religieuses. 

Lorsque le bouddhisme s’est diffusé à travers la Thaïlande, il a ainsi donné au serpent une nouvelle dimension : celle du protecteur du Bouddha. 

Selon un célèbre récit, le roi-naga Mucalinda déploya ses multiples têtes au-dessus du Bouddha  pour le protéger d’une violente pluie alors qu’il méditait. Un récit très connu dans l’art de  l’ancienne Thaïlande, grâce à une sculpture de Bouddha sous un naga à sept têtes, datée du VIIᵉ siècle. 

Le folklore thaïlandais montre que si le naga était antérieur au bouddhisme, la religion l’a définitivement implanté dans le quotidien des 93% de Thaïlandais croyants (chiffres officiels du gouvernement thaïlandais).

Entre légende et culture vivante 

Loin d’être une simple créature, le naga est central dans le quotidien des Thaïlandais. Dans le nord du pays, autour du bassin de Chiang Saen, une ancienne légende raconte que le naga aurait détruit la cité de Yonok, après que son roi eut sombré dans l’immoralité. 

Mais le récit ne s’arrête pas à une catastrophe surnaturelle, les habitants auraient ensuite reconstruit la ville brique par brique. Une histoire prouvée, ou du moins partiellement, par l’archéologie de la ville qui révèle des traces de réinstallations dans cette région à cette période.  

Une étude, publiée par la Cambridge University Press en 2021, montre que le mythe du naga, et son potentiel passage, ont grandement influencé la manière dont les communautés locales concevaient et aménageaient leurs maisons, leurs routes ou leurs édifices.

Clara Authier