vendredi 2 décembre 2022
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Tuberculose : recrudescence des cas après la Covid-19

Après deux ans de lutte contre la Covid-19, l’Organisation Mondiale de la Santé alerte sur l’augmentation des cas de tuberculose. Maladie infectieuse la plus mortelle dans le monde jusqu’à l’apparition de la pandémie, elle progresse pour la première fois depuis plus de vingt ans. 

La soudaine épidémie mortelle de Covid-19 a mis en péril des années de progrès dans la lutte contre la tuberculose. Présente depuis le 17ème siècle, cette « peste blanche » tue chaque jour plus de 4 100 personnes et fait chaque année plus d’1,5 millions de morts. Malgré les traitements et le vaccin mis en place afin de maîtriser cette infection, les cas sont encore trop nombreux et son éradication impossible. Sa progression est due à une accumulation de facteurs, masqués par l’urgence provoquée par le coronavirus. 

Une maladie peut en cacher une autre

Depuis 2020, tout s’est très vite enchaîné. Les pays se sont mobilisés sans relâche pour faire face au Covid-19. Entre les nouveaux cas, les décès par milliers, les recherches pour comprendre la cause de cette maladie et l’élaboration d’un vaccin pour l’éradiquer, le monde s’est mis entre parenthèses pour lutter. Mais pendant ce temps, la tuberculose a gagné du terrain. Les confinements à répétition ont restreint l’accès aux soins, entraînant des retards de diagnostics. Les symptômes du Covid sont devenus universels : un rhume, une bronchite ou encore la grippe, se confondaient avec ce mal. La tuberculose n’a pas fait exception. Elle peut prendre plusieurs formes, mais la plus mortelle, parce que contagieuse, est l’infection des poumons. Les symptômes sont la toux, la fatigue, la fièvre, une perte de poids et des crachats de sang. Certains d’entre eux sont similaires au Covid, et il faut passer une radio, une IRM ou un scanner pulmonaire pour faire la distinction entre les deux pathologies.

Le nombre de patients atteints de la tuberculose s’envole en 2020 et fait 1,6 millions de victimes. La contamination progresse de 4,5 % et elle devient plus coriace face aux médicaments. L’année dernière, plus de 450 000 cas de tuberculose résistante à l’antibiotique sont détectés sur les 10,6 millions de patients atteints. En 2022, elle pourrait bien reprendre sa place de maladie la plus meurtrière, devant la Covid-19. La multiplication des malades s’accompagne d’une baisse de financement des services antituberculeux. Initialement de 6 milliards de dollars, le budget est passé à 5,4 milliards en 2021. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, met en garde contre ce relâchement et appelle à la prévention : « Si la pandémie nous a appris quelque chose, c’est que la solidarité, la détermination, l’innovation et l’utilisation équitable des outils nous permettront de surmonter de graves menaces pour la santé. Appliquons ces enseignements à la lutte contre la tuberculose. »

Une maladie inégalitaire 

La Covid n’est pas la seule responsable de cette évolution de la tuberculose dans le monde. « Les conflits en Europe de l’Est, en Afrique et au Moyen-Orient ont aggravé encore la situation des populations vulnérables », détaille l’OMS dans un communiqué. Parmi les plus touchés, l’Inde, l’Indonésie, la Chine, les Philippines, le Pakistan, le Nigeria, le Bangladesh et la République démocratique du Congo. Ces huit pays représentent à eux seuls plus de deux tiers des cas sur les 30 pays touchés. Le Bangladesh, le Brésil, la Chine, l’Ouganda et la Zambie enregistrent les meilleurs niveaux de couverture des traitements en 2021, en utilisant les outils mis à leur disposition et en accentuant la prévention et le dépistage de la maladie. 

Dans les pays plus développés, les chiffres ne sont pas aussi alarmants. Deux raisons expliquent cela : il existe un traitement permettant de s’en remettre si l’on est pris en charge à temps et la recherche et la prévention sont poussées jusqu’à traiter les éventuels contaminés, avant même qu’ils ne développent des symptômes. Sans oublier le vaccin, recommandé dès l’âge d’un mois pour les nourrissons et jusqu’à 15 ans pour les enfants exposés. En France, certains sont surpris d’apprendre que la tuberculose est la première maladie mortelle dans le monde (après la Covid), voire qu’elle existe encore. Et pour cause, on relève seulement 5 000 cas par an sur l’ensemble du pays. Le Centre de lutte anti-tuberculeuse (CLAT) des Alpes-Maritimes n’observe pas d’augmentation de cas sur son territoire. « On a eu un retard de diagnostic effectivement pendant la Covid puisque les gens étaient confinés, mais on reste stable dans le département », confie Julie Bernardeschi, infirmière au CLAT de Nice. L’attention se porte plutôt sur les flux migratoires des personnes venant d’un pays où l’accès aux soins n’est pas si évident, ainsi que sur les enquêtes et le traitement de la maladie avant son développement. 

Laure Gonzalez

*Ce travail a fait l’objet d’une vérification juridique et éditoriale par Lucie Guerra*

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