Le verdict des municipales vient de tomber partout en France. À Nice, certaines promesses électorales relancent le débat sur la sécurité en ville. Car dans les rues de la métropole la plus surveillée du pays, tous ne se sentent pas logés à la même enseigne.
« Plus de policiers en ville ? Pas sûre que cela suffise. Il faudrait plutôt éduquer les gens directement.» Assise à une table, Léa Dumey, étudiante au campus St Jean d’Angély, profite d’une pause entre deux cours. Autour d’elle, ses amies discutent, rient et profitent du moment. Depuis quelques jours, un nouveau sujet de discussion s’invite : le nouveau maire de Nice, et les mesures qu’il compte mettre en place prochainement. À peine les clés de la mairie en poche, qu’Éric Ciotti a déjà affirmé vouloir doubler l’effectif policier de la ville. Et forcément, cela fait parler. Bien loin de la tranquillité de cet instant, l’étudiante en économie de 21 ans affirme connaître une toute autre réalité lorsqu’elle rentre des cours. « Oui j’ai déjà eu pas mal de mauvaises expériences. J’habite à côté de la gare Thiers, et le soir c’est un quartier vraiment mal famé » raconte la jeune femme.
Si ses cours d’économie la passionnent, elle n’en reste pas moins une adepte de la fête. Et lorsqu’on lui demande de raconter ses retours de boîtes de nuit, le scénario est généralement le même tous les week-ends : nuit noire, lampadaires défectueux, individus qui rôdent sur les trottoirs. Des policiers présents dans les rues ? Aucun. Et c’est à partir de là que les regards masculins s’attardent, et que les remarques fusent. La journée en revanche, le constat est différent. « Il y a beaucoup de policiers en ville, surtout depuis le début de la période électorale. Mais la nuit c’est une autre histoire. » Léa reste sceptique face à la proposition de l’ancien chef LR : « Sauf erreur de ma part, deux fois rien ça ne fait toujours rien… » Pour elle, la présence d’une patrouille supplémentaire ne changera pas la prudence dont elle fait preuve lors de ses déplacements nocturnes.
Une inquiétude à deux vitesses
À quelques arrêts de tramway, le marché de Libération s’anime. Derrière son étal, Marc Bertho, maraîcher, est déjà sur le pied de guerre. Un oeil sur ses clients, un autre tourné vers ce qui se passe autour : le quarantenaire observe autant qu’il travaille. « Je me sens déjà bien en sécurité à Nice. Malheureusement on a déjà vu par le passé que le nombre de policiers n’empêchait pas les drames » explique-t-il, tout en souriant à une habituée. Au-delà d’être un travailleur passionné, Marc est aussi père de famille. « J’ai un fils qui est grand maintenant, il est sérieux et je ne m’en fais pas trop pour lui lorsqu’il sort. On peut dire ce qu’on veut mais si j’étais père d’une jeune fille je ne tiendrais sûrement pas le même discours. » confie-t-il. Si Marc a pour habitude de se lever aux aurores pour aller travailler, il lui arrive cependant de proposer à son fils d’aller le chercher lui-même lorsque le jeune homme rentre à la nuit tombée. « J’ai entendu le projet de Mr le maire en ce qui concerne l’effectif policier dans la ville. Sur le papier c’est une bonne idée, mais je pense qu’il vaudrait mieux cibler des domaines d’action où déployer ces brigades supplémentaires. »
À l’échelle de la ville, le débat est plus qu’ouvert. Fraîchement élu à la mairie de Nice, Éric Ciotti propose de doubler les effectifs policiers. Le futur hôtel des polices, en cours de construction, s’inscrit dans une telle dynamique : plus de 2000 agents des polices nationale et municipale pourraient y être accueillis.
Justine Carrière



