Autocensure : la prison psychologique des journalistes iraniens

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Le contenu du site Internet de l’association Iran Justice a été remplacé par des communications favorables au régime iranien, a annoncé l’avocate franco-iranienne Chirinne Ardakani, mercredi 28 janvier sur France Info. La République islamique opère un contrôle strict du paysage médiatique. À tel point que certains journalistes iraniens se censurent eux-mêmes. Mais comment expliquer ce phénomène ?

Un silence règne dans les salles de rédaction iraniennes. Dominés par la crainte, certains journalistes iraniens finissent par se censurer pour se protéger. Le contenu du site Internet de l’association Iran Justice a même été remplacé par un contenu pro-régime, a affirmé la présidente Chirinne Ardakani, mercredi 28 janvier sur France Info. Elle dénonce une véritable guerre de l’information conduite par la République Islamique
Cet événement est révélateur du processus de verrouillage de l’information engagé par la République islamique. Elle parvient à s’immiscer dans l’inconscient collectif, créant une véritable prison psychologique. 

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Une interprétation de la loi dangereuse 

La loi islamique instaure des mécanismes de répression qui s’immiscent dans l’esprit des Iraniens. L’article 6 de la Loi sur la Presse de 1986 est le plus redoutable. Il prévoit l’incrimination de tout article, rapport ou photographie, considéré comme attentatoire à la République islamique. 

L’appréciation de cet article est soumise à l’interprétation du juge islamique. Or, les notions ne sont pas suffisamment définies, provoquant une insécurité juridique. Autrement dit, les droits fondamentaux et les libertés individuelles ne peuvent pas être garantis. 

L’Iran est parmi les pays les plus répressifs en matière de liberté de la presse, occupant la 176ème place sur 180, selon un classement de “Reporters sans Frontières”

Une campagne d’intimidation des journalistes 

Toute personne se risquant à critiquer le régime peut faire l’objet de poursuites. Des menaces, des intimidations, des arrestations arbitraires, des tortures et des exécutions sont régulièrement actées. 
La journaliste iranienne, Nazila Maroufian, témoigne de son arrestation et de son incarcération à la prison d’Evin à Téhéran, dans une interview du Nouvel Obs. Elle a été accusée de “vouloir faire la guerre à la République Islamique” après avoir publié une interview du père de Mahsa Amini, la jeune femme assassinée par le régime pour le port de hijab obligatoire. 

Les journalistes indépendants se sentent tiraillés entre la vérité et la peur. Certains journalistes indépendants craignent de s’attirer les foudres du service de renseignements. C’est pourquoi ils manient le vocabulaire pour veiller à ne pas heurter le régime. 

Une menace institutionnelle et économique pesante

Parallèlement aux tribunaux, l’organe du Conseil de surveillance de la presse détient le pouvoir de suspendre l’activité d’un média, avant que son procès ait lieu. Prise en comité restreint, la décision ne peut être contestée par le média concerné. Cette menace pousse les journalistes à surveiller leurs pairs au sein de leur rédaction, créant une véritable psychose. 

Les directives confidentielles permettent également au conseil d’État supérieur et aux comités de sécurité d’infiltrer les rédactions pour contrôler de manière non officielle les informations traitées. 
C’est pourquoi les principales sources d’information sont des médias basés à l’étranger. La presse indépendante est soupçonnée par le Guide suprême, Ali Khamenei, d’être manipulée par les pays étrangers. 

Alors que le contexte économique de l’Iran est déjà préoccupant, les médias indépendants se trouvent en situation de grande précarité. En Iran, les journalistes ne bénéficient d’aucune sécurité à l’emploi, puisque leurs contrats sont “signés à blanc” et sont temporaires d’un mois. Un vide informationnel s’installe et la répression des Iraniens est mise sous silence.

Clara Baile