Réseaux sociaux : la guerre en continu

0
11

Sur nos écrans, les conflits défilent sans pause. Trop vus, trop commentés, ils finissent par nous échapper. Pour les étudiants en communication, l’analyse de ce phénomène est une simple routine

Le téléphone vibre. Une notification, puis une autre. X, TikTok, Instagram. Une vidéo de manifestation en Iran, un tweet de Donald Trump, une image floue, un affrontement quelque part dans le monde. Le tout coincé entre une publicité, une story de soirée, un chat qui danse. La guerre est là. À portée de main. Et pourtant, elle semble parfois si loin. 

L’info en continu, jusqu’à l’épuisement

Chez les étudiants en communication, l’actualité internationale n’est pas qu’un bruit de fond. Elle fait partie des cours, des discussions, des analyses. Mais même armés de recul et de méthode, la saturation gagne. Alexandra Lespiaut, étudiante en BTS communication, observe ce phénomène avec un regard professionnel. Elle parle de fatigue informationnelle, nourrie par la répétition des mêmes récits, des mêmes images, des mêmes angles. Médias traditionnels et réseaux sociaux finissent par se répondre, parfois par se copier, donnant l’impression d’un discours qui tourne en rond. « On est constamment exposés à des mauvaises nouvelles, à des tensions sans fin, avec cette sensation qu’aucune issue n’est possible », analyse-t-elle. Face à ce flux ininterrompu, un mécanisme se met en place : prendre de la distance. Ranger l’information quelque part, pour continuer à avancer. Une stratégie de protection émotionnelle, presque inconsciente, qui pose pourtant question. Car en se détachant, Alexandra le sait, on glisse vers une forme d’insensibilité. « Il y a une vraie contradiction : on sait que ces conflits sont essentiels à comprendre, mais on reste dans une posture de spectateur. Et ça crée une culpabilité. »

Quand l’image rapproche… et épuise


Les réseaux sociaux ont bouleversé la manière de raconter les conflits. Pour Leslie Perez, cette transformation est centrale. En tant qu’étudiante en communication, elle souligne que ces plateformes rendent la guerre plus incarnée : ce ne sont plus seulement des journalistes ou des experts, mais aussi des civils, des témoins directs, qui prennent la parole. Cette proximité change le rapport à l’information. Elle la rend plus émotionnelle, plus immédiate. Mais aussi plus difficile à digérer. « À force de voir ces images en continu, sans filtre ni hiérarchie, la violence finit par se banaliser », explique-t-elle. Le conflit devient un contenu parmi d’autres, soumis aux mêmes logiques de visibilité, d’algorithmes, de consommation rapide. Touché, mais impuissant, le spectateur cherche alors à reprendre la main. Cliquer sur « pas intéressé », passer à autre chose, scroller. Non par indifférence, mais par saturation. « On ne peut pas agir, on ne peut pas répondre à ce qu’on voit. Alors on coupe », résume-t-elle, presque comme un constat professionnel.

Informer sans anesthésier

Ukraine, Russie, Israël, Palestine,… ICE et Donald Trump. Entre surabondance d’images, émotions à vif et sentiment d’impuissance, une distance s’installe. Celle d’une génération ultra-connectée, formée à décrypter les messages, mais parfois dépassée par leur accumulation. La guerre continue, loin des écrans. Elle traverse nos fils d’actualité, puis disparaît d’un simple geste. Et dans ce monde saturé de récits, le défi n’est peut-être plus seulement d’informer mais de ne pas anesthésier le regard.

Sandy Dumas