Fiesta del Cine : regard vers le monde

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©Coline Jassaud

Pendant quelques jours à Nice, les salles obscures prennent l’accent latino. Dix films venus de sept pays d’Amérique latine y sont projetés jusqu’à dimanche au Variétés, au Rialto et à la Cinémathèque. Un festival discret, mais une vraie fenêtre sur un cinéma que l’on voit peu en Europe.

Devant le cinéma Variétés, les portes sont encore fermées. Dans la vitrine, des affiches aux couleurs chaudes : Argentine, Mexique, Uruguay. Le hall est encore silencieux. Pas de spectateurs. Pas de bande-annonce. Juste les reflets du matin sur les vitres. Puis, une silhouette arrive au coin de la rue. Un café dans une main, une écharpe bordeaux autour du cou. Sourire rapide malgré la matinée qui commence. Annabelle Berton, directrice du cinéma, s’arrête quelques minutes avant d’ouvrir. Pressée, oui. Mais ses yeux brillent quand elle parle du festival. « La Fiesta del Cine, c’est un festival de cinéma sud-américain dont on organise la quatrième édition », explique-t-elle. Un projet porté par la Cinémathèque de Nice, les cinémas Variétés et Rialto et la société de production Boca a Boca. Dix films cette année, venus d’Argentine, du Brésil, du Chili, de Colombie, du Guatemala, du Mexique et d’Uruguay. Et une nouveauté : « Cette année, on a même un film vénézuélien pour la première fois. On est vraiment ravis ». Elle le dit simplement. Mais ça s’entend.

Une fenêtre ouverte sur l’Amérique latine

Dans les salles niçoises, certains films arrivent presque directement d’Amérique latine. Pas encore distribués, parfois même jamais projetés en Europe. « Ce n’est pas un cinéma qu’on voit beaucoup ici », constate Annabelle Berton. « Pourtant il y a des films de grande qualité ». Elle poursuit en regardant les affiches derrière la vitre : « C’est une autre manière de voir le monde. Quand on vit sur la Côte d’Azur, c’est bien d’ouvrir une fenêtre sur d’autres cultures ». Au programme cette semaine : projections en avant-première et rencontres avec les équipes de films. Parfois en salle, parfois en visioconférence. Au Rialto, le film mexicain Cosmos plonge les spectateurs dans un village oublié du Yucatán. À la Cinémathèque, un cycle de cinéma noir argentin dialogue avec les films contemporains. Le festival circule entre les salles comme un pont entre continents.

Cinéma, musique et empanadas

Mais à la Fiesta del Cine, le cinéma ne reste jamais seul. « À travers le cinéma, on en profite aussi pour faire la fête », sourit la directrice. Soirée tango pour l’ouverture, concert de bossa nova, traiteurs argentins. Et ce n’est pas tout : un concours de mini-métrage pour les amateurs : trois minutes maximum, thème libre autour de la musique, avec des images de Nice et du festival.

Lucas R., étudiant à l’ESRA Nice, observe la programmation : « Les films latino-américains sont souvent très libres », dit-il. « Ça donne envie de raconter des histoires autrement ». Une petite caméra dépasse de son sac. Peut-être un futur film. Les portes du Variétés finissent par s’ouvrir.

Les premières bandes-annonces résonnent dans le hall. Les spectateurs arrivent. À Nice, pendant quelques jours, les salles obscures parlent espagnol. À Nice, pendant quelques jours, les salles obscures parlent portugais. À Nice, pendant quelques jours, les salles obscures regardent vers l’autre côté de l’Atlantique. Et le cinéma, une fois de plus, devient une fenêtre.

Coline Jassaud