Sortie du documentaire « Homelessly in Love » : quand le mur tombe, qui regarde qui ?

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En salles ce mercredi 26 novembre, le film Homelessly in Love. Un documentaire qui résulte de cinq années d’immersion aux États-Unis. Les réalisatrices françaises Ariane Mohseni Sadjadi et Lalita Clozel explorent l’Amérique de Donald Trump au travers des portraits poignants de trois femmes. Un récit authentique qui interroge l’universalité de l’expérience de la violence, entremêlée à celle de l’amour .


Le septième art peut-il briser le quatrième mur ? Telle est la question qui entoure Homelessly in Love. Dans le récit du quotidien de ces femmes en situation de précarité, Alyssa, Lorraine et Michelle, le public est face à des images fortes, qui n’ont rien d’une fiction. Les réalisatrices s’attaquent à une actualité politique violente croisée avec l’expérience universelle qu’est l’amour. Ce film repense la création immersive dans une approche intimiste. Un synopsis clair, quelle place pour l’amour lorsque l’on vit dans les rues de l’Amérique de Trump ? Toute la particularité de ce film réside dans l’approche de cette question. L’authenticité des protagonistes est mise en avant par la transparence des réalisatrices. Et ce, dans l’intention de briser la barrière qui sépare ces femmes de ceux et celles qui les regardent. Montrer pour mieux comprendre, c’est s’identifier pour mieux s’engager. 

Violemment vôtre

Le film s’articule autour des deux faces d’une violence systémique. Politique d’abord. La violence de la précarité sous l’administration Trump est criante. Les protagonistes sont filmées sur fond d’une civilisation presque à l’abandon. Les banlieues ne sont d’ailleurs pas les seules à être abandonnées. Ce sont des femmes en marge de leur société qui sont déniées par leur gouvernement et ses aides.
La violence est ensuite genrée. L’intimité de leurs relations témoigne d’un quotidien d’atteintes sexistes et sexuelles.
Leur condition de femme est encadrée par une violence quasi omniprésente. Et pourtant, l’étincelle que communiquent ces femmes ne quitte jamais le public. 

En interview, les deux françaises affirment une “importance de s’effacer en tant que réalisatrices”. Les protagonistes se racontent selon leurs propres termes, avec simplicité et honnêteté. Un montage intime au service d’une approche bouleversante. Peut être la meilleure manière de toucher le public en plein cœur.

Montrer pour mieux comprendre


Les réalisatrices abordent leurs sujets avec une sensibilité propre à leur expérience. Ce sont des femmes qui racontent des femmes. Elles expliquent, « on a noué une relation forte qui permettait qu’elles soient vulnérables avec nous”. Voilà ce qui permet de s’identifier aux images. La sororité. Leur expérience en tant que femmes aide à ne pas tomber dans le voyeurisme de la précarité ou tourner les sujets en bêtes de foires. 


Leur documentaire sur la précarité des ouvriers des Jeux Olympiques de 2024 résonne avec ce film. Elles abordaient là aussi les conséquences des politiques sur les populations les plus vulnérables. Tant de situations différentes et pourtant, une identification commune à ce qui défile sur l’écran. Bien que ces femmes nous soient inconnues, on s’identifie à elles. Et ce, par qu’elles vivent quotidiennement des violences politiques et genrées. Une violence qui constitue une expérience peut être tout aussi universelle que celle de l’amour.

Un premier long métrage ambitieux du point de vue technique et humain. Et pourtant, un bijoux de sincérité et d’humanité, qui est désormais entre vos mains ! 

Clara Authier – ©
OliviaMalkaPR ©ArianeMohseni-Sadjadi ©LalitaClozel