
Les quinze jours de frappes israélo-américaines en Iran, ayant affaibli le régime islamique, provoquent une division entre les Iraniens du pays comme de la diaspora. Ce désaccord découle d’une incompréhension de ce que cette guerre signifie réellement pour les Iraniens.
Depuis une quinzaine de jours, des bombardements israéliens et américains sur le sol iranien visent les bases des Gardiens de la Révolution (Pasdaran) ainsi que les infrastructures des milices civiles affiliées au régime (Bassidjis). La perspective de voir l’appareil islamiste du pouvoir affaibli, notamment avec la mort d’Ali Khamenei, Guide suprême et « bourreau » du peuple iranien, suscite chez une partie de la population un sentiment de joie et d’espoir.
Ces réactions, en Iran comme au sein de la diaspora, ne font pas l’unanimité parmi tous les Iraniens. Si de nombreux Iraniens considèrent le conflit comme une opportunité de mettre fin au régime, d’autres rejettent toute intervention étrangère. Certains contestent la légitimité de ces prises de position, invoquant leurs divergences idéologiques ou leur opposition aux dirigeants impliqués, Benjamin Netanyahu et Donald Trump.
L’ultime sacrifice du peuple iranien pour renverser le régime : accepter la guerre
La majorité des Iraniens souhaite renverser le régime, mais ils savent qu’ils ne peuvent pas le faire seul. Leur désespoir est tel qu’ils ont accepté de se faire bombarder. « Quoi qu’il arrive nous sommes condamnés à mort ici, que ce soit sous les bombes ou sous ce régime. Et je préfère mourir sous les bombes s’il y a une chance de nous débarrasser de ce régime », confie Ariana*, étudiante iranienne de 25 ans vivant à Téhéran.
Ce besoin de se débarrasser du régime islamique poussent les Iraniens à se réjouir des bombardements. « J’ai plus peur des bassidjis que des bombes. Et quand j’entends les bombes, c’est pas agréable mais au moins je sais qu’ils les ont eu », avoue Ghita*, iranienne de 35 ans.
Malgré la guerre et la répression perpétuelle, les Iraniens expriment ce qu’ils souhaitent à travers les slogans récurrents : “Javid Shah” (« Vive le Roi ») en référence à Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah, se présentant comme leader de la transition démocratique. Lorsque Mojtaba Khamenei a été nommé “nouveau Guide Suprême”, ils scandaient depuis leur balcon “Mort à Mojtaba ! Mort au Dictateur”, confirmant leur position.
Le peuple iranien est conscient des conséquences de cette guerre sur leur pays. Lors des manifestations de janvier 2026, ils faisaient déjà appel aux américains et israéliens pour intervenir. Le résultat de ce mouvement a démontré l’incapacité du peuple iranien à se défendre face aux forces paramilitaires du régime. La répression féroce avait fait plus de 40 000 morts en 48h.
La diaspora relaye les messages de la population en vue de la coupure des télécommunications en temps de guerre. Un acte déjà commis par la République islamique, lors des massacres de janvier, plongeant la population dans un blackout total. Ces iraniens vivant à l’étranger sont la cible des iraniens partisans du régime islamique.
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Pro-régime islamique : propagande et désaccords dans la diaspora iranienne
Les partisans du régime sont présents pour défendre l’image de la République islamique et nier toute existence d’opposition ou de répression en Iran. Le régime est amené à intimider et traquer les Iraniens du monde entier qui s’opposeraient : en menaçant de confisquer leurs biens et de mettre la pression sur leur famille au pays, et en indiquant le risque de la peine de mort s’ils rentrent en Iran. « Le danger se trouve à l’intérieur comme à l’extérieur du pays avec les partisans du régime islamique », affirme avec inquiétude Delara*, franco-iranienne ayant peu de nouvelles de sa famille en Iran.
Différents partis existent empêchant la voix du peuple à traverser les frontières : les islamistes, les gauchistes marxistes, et les communistes. Des partis qui n’ont pas la majorité en Iran. Les non-royalistes font également part de leur opposition concernant Reza Pahlavi, dû à leur manque de confiance en la descendance de l’ancien Shah d’Iran.
Certains discréditent la parole des iraniens de la diaspora, opposants au régime, et certains les qualifient de “sionistes” ou “pro-Trump”. « Il y en a qui ont peur de l’inconnu et du sort du pays. D’autres ont la haine envers Israël et les USA, et disent qu’il s’agit d’une invasion sans prendre en compte ce que ça signifie pour le peuple. Puis, il y a ceux qui propagent les fake news du régime, parce qu’ils sont partisans, soit par idéologie, soit car ils ont des intérêts personnels à ce que ce régime reste au pouvoir », exprime Alaleh*, 43 ans, iranienne vivant au Canada.
Les manifestations pro-régime troublent l’esprit public sur la situation en Iran. Certains propos d’iraniens sont également insultants sur les réseaux sociaux envers leurs concitoyens. « Ils nous traitent d’indignés et sans honneur. Nous relayons simplement la voix de nos compatriotes. Ils n’ont rien dit pour les massacres de janvier et maintenant ils nous donnent des leçons, alors qu’ils savent très bien ce qu’il se passe dans le pays », partage Alaleh. « Nous n’aimons pas la guerre, bien sûr que nous sommes inquiets pour nos familles en Iran, mais nous savons aussi la terreur qu’inflige ce régime depuis des décennies », ajoute-t-elle.
Kymia Diyaar


