De l’introduction à l’instrumentalisation : le rôle de la famille royale dans l’émergence du cinéma thaïlandais

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Si aujourd’hui le cinéma thaïlandais est réputé pour ses fictions d’horreur, il est né grâce au genre documentaire. ©Pexels

A la fin du XIXe siècle, le Siam découvre le cinéma. Introduit comme une technologie étrangère à ses débuts, la famille royale va rapidement s’en emparer pour faire émerger le cinéma thaïlandais.

Lorsque le cinéma arrive au Siam (nom de la Thaïlande jusqu’en 1939) à la fin du XIXe siècle, il est d’abord une technologie étrangère. Le septième art est introduit à Bangkok, où on enregistre la première projection en juin 1897, soit seulement quelques mois après les premières projections publiques des frères Lumière à Paris.

Le cinéma est alors introduit par des entrepreneurs étrangers, comme un produit de consommation « farang », terme que l’on utilise en thaïlandais pour qualifier les étrangers occidentaux. Les films ne resteront pas longtemps un objet à observer de loin, puisqu’ils vont rapidement devenir le terrain de jeu de la cour royale.

Le roi Chulalongkorn (Rama V) découvre le cinéma lors d’un voyage en Europe en 1897. De cette escapade, il rapporte du matériel cinématographique au Siam. Son frère, le prince Thongthaem Tawanyawong, apprend à utiliser la caméra et commence à filmer le roi, la cour et les cérémonies royales.

C’est là que se produit une véritable appropriation. La caméra, venue d’Occident, ne sert plus seulement à montrer des images étrangères au public siamois. Elle permet désormais de filmer le Siam lui-même.  

Surnommé le « père du cinéma thaïlandais », le prince Thongthaem transforme ainsi une attraction technologique en un moyen de produire des images locales. Il ne se contente donc pas de recevoir une technologie étrangère : il se l’approprie pour produire ses propres images.

Au commencement du cinéma thaïlandais : le documentaire  

Les premiers films qui vont voir le jour sont donc insufflés par la famille royale, sous la forme de documentaires. 

Car contrairement à des pays comme la France ou les États-Unis, en Thaïlande, le septième art ne s’est pas implanté à travers la fiction. Que ce soit la famille royale, la nature ou les chemins de fer,  la Thaïlande apprend le cinéma à travers des images simples et des histoires sans artifices. 

Si initialement les documentaires sont le résultat d’une curiosité royale, ils vont rapidement devenir des outils cruciaux pour la politique du royaume.

Le cinéma comme arme institutionnelle  

Avec le temps, cette pratique du documentaire se pérennise et acquiert une fonction institutionnelle, grâce à la génération suivante.  

En 1922, le prince Kamphaengphet Akarayothin, à la tête des chemins de fer royaux, crée le Topical Film Service. Il s’agit de l’un des premiers services cinématographiques d’État au monde. Il produit des documentaires sur les chemins de fer, les activités gouvernementales et les cérémonies royales. 

Le cinéma devient alors un instrument de mise en scène de la modernisation du royaume. Filmer les infrastructures et les déplacements royaux permet de montrer un État organisé, connecté et technologiquement avancé. 

La famille royale et le cinéma : un rôle à nuancer  

Cependant, il serait faux de dire que la famille royale a « inventé » le cinéma thaïlandais,  tant son introduction dans le pays dépend tout autant des entrepreneurs étrangers. 

D’autant plus qu’il faut distinguer cette émergence de la naissance d’une véritable industrie. Une industrie qui se développera plus tard, notamment avec Chok Song Chan en 1927, considéré comme le premier film réalisé et joué entièrement par des Thaïlandais. 

Si elle n’a pas inventé le septième art, la famille royale a contribué à le faire émerger en tant que pratique locale, en introduisant la technologie et en produisant les premières images thaïlandaises.


Clara Authier