jeudi 6 octobre 2022
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Nice : dans les coulisses du service de réanimation 

Cet article a été réalisé dans le cadre d’une série de « j’ai testé pour vous » des Masters 1 de l’EDJ.

Alors que le reflux de la cinquième vague se poursuit, le service réanimation du CHU de Nice continue de lutter en première ligne. Le temps d’une après-midi, nous avons suivi une équipe d’infirmiers. 

13h30. Une première bouteille de monoxyde d’azote messer, traînée au sol par une infirmière, traverse le couloir. Trois minutes plus tard, la scène se répète. À peine arrivés, nous sommes directement plongés au cœur du service réanimation de l’Hôpital Pasteur de Nice. Plus loin, une autre infirmière tente de rassurer une famille en salle d’attente. « Il va se battre », livre-t-elle. Ces quatre mots provoquent les larmes de la mère. Pendant ce temps, les secrétaires arpentent les lieux. Discrètes, mais jamais loin, elles sont essentielles au bon fonctionnement du service. 

13h47. L’infirmière est de retour vers la famille avec de bonnes nouvelles : « il commence à se réveiller. Dans 1h30, vous pourrez le voir et avoir une autre image de lui ». 

13h56. Nathalie Revel, cadre infirmière anesthésiste, nous reçoit dans son bureau. « On est débordé de malades en tout genre en ce moment (accidenté de la route, traumatisme crânien, arrêt cardiaque, Covid). C’est compliqué pour tout le monde, mais par chance, nous ne manquons ni de matériel, ni de personnel. » Le nombre d’admis en réanimation dû à la Covid-19 varie. « C’est par vague. Ce week-end, on en a eu beaucoup. Là, on a un seul patient. On est loin du printemps 2020. » La quadragénaire nous apprend qu’une journée en réanimation coûte 2 800 euros : « mais ça, c’est la base, à savoir juste la surveillance. Au fur et à mesure qu’on ajoute de la technologie, des techniques, certains antibiotiques, le prix devient pharamineux. » 

« Bienvenue en enfer » 

14h10. Camille Haxaire se présente à nous et devient notre guide dans les couloirs du service réanimation. Elle y exerce depuis 12 ans. « J’aimerais davantage profiter de la vie et ne pas être enfermée ici. » La jeune Alsacienne exprime sa lassitude face au non-respect des gestes barrières : « même des familles qui rendent visite ne sont pas masquées. Deux ans plus tard, les gens ne comprennent toujours pas. » Sans surprise, « environ 80% des non-vaccinés sont pris en charge. » 

La salle de déchocage. « Au printemps 2020, c’était un véritable défilé » © Alexandre Sanson

14h22. « C’est un décubitus ventral ». La situation est saisissante. Cinq infirmiers retournent le patient de la chambre 196 sur le ventre. Si le geste paraît simple de prime abord, il est pourtant très technique. Il faut faire très attention à ce qu’aucune perfusion ne s’arrache, « surtout la sonde d’intubation », sous peine de virer au drame. Ce positionnement est destiné aux patients en détresse respiratoire grave. Sur le dos, les poumons sont comprimés par l’œdème dû à l’infection. « J’encourage les gens à se faire vacciner. Ça évite de finir intubé à plat ventre, les fesses à l’air, et à ressembler à une pieuvre dans un lit. » 

14h46. Un stylo 4 couleurs dans une main, une règle dans l’autre, Vanille remplit avec minutie les fiches de suivi de ses patients. « Et bah bienvenue en enfer », dit-t-elle avec un sourire sur les lèvres. « Ici, on flirte avec la mort tout le temps. Psychologiquement, c’est lourd. Depuis la Covid, ça l’est encore plus. J’ai l’impression de tout le temps courir contre le temps et le vent. Je suis pendant des jours et des jours des patients et puis un beau jour, on va me dire qu’on ne peut plus rien faire. » 

« Il va mourir ce monsieur » 

14h53. Camille continue de nous faire visiter les lieux. Elle nous présente la salle de déchocage. Celle qui permet de réaliser les premiers soins les plus urgents avant un transfert en réanimation. 

Volontaire, pleine d’énergie et dotée d’un bon sens de l’humour, Camille est un des rouages essentiels du service réanimation © Alexandre Sanson

14h58. Le service est plutôt calme. Au travers de la vitre d’une chambre, une jeune fille et son papa sont dressés debout devant un lit. Leurs visages sont fermés, moroses. Il est désormais l’heure de retrouver Vanille. Assise face à la porte ouverte de la chambre 202, la jeune maman originaire de Tahiti veille sur son patient. « Mais là, il va mourir ce monsieur », lâche-t-elle avec une certitude déconcertante. « C’est la réalité. Les gens ne s’en rendent pas compte. Là, il est complètement sédaté, endormi. C’est un poids mort, sans jeu de mots. On fait tout et c’est usant physiquement et mentalement. Avec ce patient, je ne fais que des pas en arrière. Pourtant, on y va de plus en plus fort dans le traitement, mais rien ne change. »

15h07. C’est l’heure pour le patient de la chambre 202, plongé dans un coma médicamenteux, de recevoir une des neuf doses quotidiennes. Un traitement nécessaire pour le maintenir en vie. « Je prépare le somnifère à la Mickaël Jackson », plaisante Camille munie d’une seringue entre les mains. Au tour de Vanille de piquer. « Le but là c’est de continuer à l’endormir. » On aperçoit une protection semi-épaisse à hauteur de son épaule droite, une autre à son talon. Le sacrum et le trochanter sont aussi protégés. Il s’agit de protection anti-escarre. Les patients ne bougent pas de leur lit pendant des jours… « On n’oublie pas de les nourrir non plus. Alors, ce n’est pas steak-frites tous les jours (rire), c’est par sonde qu’on les alimente. » 

« Tu vois les Indiens en Amazonie ? » 

15h11. Juste derrière le lit, se trouve l’emplacement des neuf seringues. « Neuf au total ? Ça va. J’ai déjà vu deux blocs de onze seringues. Elles ont toutes une fonction différente. Elle, sert à dormir. Elle, c’est le curare, cela détend le muscle. Tu vois les Indiens en Amazonie ? Les flèches ? C’est ça. C’est costaud. Elle, c’est de l’insuline. Elle, pour les antibiotiques. Elle, c’est la morphine, etc. » Notre guide, Camille, assure. « On se trompe souvent dans les doses. Non je plaisante ! » Fou rire. « Au cas où, il y a la Bible des soins dans toutes les chambres. »

15h27. Vanille, en train de mesurer la tension, ne connaît pas la situation de la Covid en Polynésie. « Je suis une enfant adoptée même si ma famille biologique est toujours sur l’île. Là-bas, les gens sont obèses et ne doivent pas avoir totalement conscience du virus. » Aujourd’hui, cette jeune maman ne s’occupe plus que de la covid. « Des patients atteints de péritonite sont présents dans notre service. C’est bien, ça change. »

* Ce travail a fait l’objet d’une vérification juridique et éditoriale par Enzo Bellini*

Alexandre Sanson

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