JO d’hiver 2030 : dans les Alpes, les premières tensions émergent

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Trente-huit ans après les Jeux d’Albertville, les Jeux d’hiver reviennent en France, à l’occasion des Jeux des Alpes 2030. Ils se diviseront sur quatre sites hôtes, des Alpes du Nord au Sud. © libre de droit

Six ans après Paris 2024, la France s’apprête à accueillir les Jeux d’hiver dans les Alpes. Mais derrière l’enthousiasme officiel, des voix s’élèvent déjà contre l’impact environnemental et le coût des infrastructures, notamment à Nice, où une nouvelle patinoire à plus de 220 millions d’euros est prévue.

Après 23 médailles raflées – dont 8 en or, la délégation française défilait, ce dimanche, drapeau olympique en main, pour ouvrir la voie aux Jeux d’hiver des Alpes en 2030. Pour l’occasion, l’excitation était au rendez-vous. Six ans après les Jeux olympiques d’été de Paris 2024, la France s’apprête à accueillir un nouvel événement planétaire

Pourtant, chez les acteurs des causes environnementales et climatiques, cet évènement est apparu comme l’occasion de tirer la sonnette d’alarme dans les quelques localités qui recevront les festivités. Un symbole des premières contestations portées, en partie, contre des mécanismes toujours plus coûteux pour le portefeuille et l’environnement.

Une production de neige artificielle toujours plus énergivore

Lors de Milan-Cortina, les derniers Jeux présentés comme les plus durables et responsables de l’Histoire, le ton était donné. Des épreuves garanties 100 % neige artificielle, ou dite « de culture » chez certains. « Personnellement, je refuse de parler de neige de culture, réfute Valérie Paumier, présidente et fondatrice de Résilience Montagne. Car on ne cultive pas la neige. Parler de neige de culture, c’est tenir un discours de lobbyiste en tentant de faire croire que l’on a la main sur la production de neige comme une ressource que l’on cultive ». 

La fabrication repose sur un mélange d’eau et d’air comprimé, particulièrement énergivore. Environ 500 litres d’eau sont nécessaires pour produire un mètre cube de neige.
« Aujourd’hui, notre consommation d’eau annuelle pour la neige artificielle est égale à la consommation d’eau de la ville de Grenoble, poursuit-elle. Il n’y a plus aucune station en France qui peut fonctionner sans neige artificielle. Et ce, même dans les stations de haute altitude comme le Val d’Isère, qui comporte plus de 700 canons à neige pour sa production ». 

Au-delà de la ressource en eau, les conséquences écologiques inquiètent et se multiplient. Plus dense et plus compacte que la neige naturelle, la neige artificielle persiste davantage sur les sols et pentes, perturbe la végétation et fragilise les prairies alpines. « Tous les insectes et animaux se retrouvent, aujourd’hui, perturbés par des cycles de moins en moins naturels », ajoute Valérie Paumier. 
Face aux critiques, Edgard Grospiron, membre du comité d’organisation défend, au micro de Franceinfo : « Des Jeux qui respectent la nature, ce n’est pas utopique. Contrairement à ce que disent les opposants, la neige de culture n’est pas le problème, c’est la solution ! »

227 millions d’euros investis dans une patinoire

Les enjeux qui englobent ces prochains Jeux d’hiver ne se limitent pas simplement à leur impact sur l’environnement et le climat. Plusieurs doutes subsistent autour des questions économiques que ceux-ci posent. 

À Nice, l’un des quatre sites hôtes, la municipalité prévoit la construction d’une nouvelle patinoire pour accueillir les épreuves de glace en intérieur : le patinage artistique, le curling et le hockey. L’enceinte actuelle de Jean-Bouin, jugée trop usée et restreinte en capacité d’accueil, sera remplacée, pour un prix conséquent d’un peu plus de 220 millions d’euros, avec des coûts de fonctionnement qui avoisinent les 600 000 € par an. Un projet financé à hauteur de 80 % de l’État et la Région et 20 % par les impôts locaux.  

Auprès de TF1, Juliette Chesnel Le Roux, conseillère municipale et métropolitaine à Nice (EELV) parle d’une construction qui va « coûter beaucoup d’argent pour un évènement qui dure 15 jours à un mois, alors qu’il y a un équipement olympique qui existe dans la région PACA, à Marseille (Marseille va accueillir les championnats du monde de hockey en 2028, NDLR) ». 
De son côté, Valérie Paumier rembraye : « Est-ce que Nice peut être un pôle glace alors qu’on est sur un modèle plutôt balnéaire ? Au mois de février, à Nice, il peut faire aux alentours de 15-20 degrés ».  

Jeux d’hiver, jeux d’hier ?

L’action citoyenne se mobilise déjà pour contester ces Jeux d’hiver considérés comme problématiques sur le plan climatique. Camille Sautel, militante de l’Alliance écologique et sociale 06 appelle à un débat démocratique plutôt qu’à un simple bashing des Jeux. « On aimerait qu’il y ait un débat public sur combien ça va coûter, quelles infrastructures doivent être construites et pour quelle pérennité ». 

Un sentiment partagé par Valérie Paumier : « C’est une question qui engage toute la nation au niveau de l’argent et des écosystèmes, sachant que les Alpes sont le réservoir d’eau potable. La Suisse, par exemple, a été écartée des discussions pour 2030 car le CIO craignait une réaction populaire et un référendum ». 

Dans ce brouillard annoncé, celle-ci trouve un peu de positivité sur l’organisation des Jeux : « L’avantage, c’est que l’on a jamais autant parlé de la montagne qu’actuellement. Si les Jeux peuvent avoir au moins le mérite de démocratiser notre cause… »

Alexis Navarro

Encadré : 
À Nice, les Jeux d’hiver 2030 constituent une source de débats politiques dans un contexte chaud d’élections municipales. Christian Estrosi, maire sortant, défend la tenue d’un projet dont il en a été la cheville ouvrière, en souhaitant construire une patinoire flambant neuve dans la plaine du Var. De son côté, Eric Ciotti a fait de la cause citoyenne une question majeure dans son programme, en allant à contre-courant des mesures déjà pensées et modelées sur l’organisation des épreuves de glace en intérieur (patinage artistique, curling, hockey sur glace) à Nice. « Je déplore une forme de déni démocratique d’imposer à la future municipalité de tels choix. J’ai vu que d’autres candidats l’avaient soulevé aussi. Nous ne sommes pas à deux mois près, il aurait été préférable d’attendre le résultat des élections municipales. » Favorable à l’évènement, le président UDR propose un plan alternatif en mettant en avant une rénovation de Jean-Bouin et une tenue du patinage artistique au Palais des Expos. Jean-Pierre Rivère, son colistier et président de l'OGC Nice, fustige la gestion de l'Allianz Riviera pour l'évènement dans un entretien pour Gym Tonic : « J’ai appris par la presse que l’Allianz Riviera serait occupé pendant les JO 2030. […] Ce n’est pas seulement la demi-saison qui va être impactée, c’est l’avenir du club. »