Parler à des scientifiques : à un clic du déclic

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Et si discuter avec une scientifique était plus simple qu’on ne le pense ? À l’occasion prochaine de la Journée des femmes et des filles de science, des chercheuses ont accepté de répondre en direct aux questions du grand public. Pendant quelques minutes, nous avons tenté l’expérience… et elle bouscule les idées reçues.

Parler à une scientifique ? Impossible. C’est ce que j’aurais pensé il y a encore quelques jours. Pourtant, avec l’Observation Nice Côte d’Azur, ça l’est. Ce mardi 10 février, à la veille de la Journée internationale des femmes et des filles de science, des chercheures, ingénieures, doctorantes et techniciennes se rendent accessibles en ligne pour répondre à vos questions. Plus d’une quarantaine de scientifiques, mobilisées par les partenaires de Sciences Azur, sont connectées sur une plateforme de discussion instantanée. Des profils souvent impressionnants, et pas toujours faciles d’accès. Pendant quelques minutes, j’ai pourtant pu échanger avec plusieurs d’entre elles. Résultat : la réalité est plus nuancée qu’on ne l’imagine.

Première interaction

9h58. Je clique sur le lien. Sur le site, on promet des échanges variés : biologie, chimie, physique, informatique, astrophysique. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. Aujourd’hui, mon objectif est ailleurs : comprendre comment ces femmes ont trouvé leur place dans des milieux scientifiques encore très masculins.

Avant de commencer, une question s’affiche : scolaire ou grand public ? Je choisis « scolaire ». L’idée est de se glisser dans la peau d’une jeune fille qui aime les sciences, mais doute parfois de sa légitimité.

Je tape mon message. Je relis. Puis j’envoie. La réponse arrive presque immédiatement. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi rapide, ni aussi simple. Le ton est direct, poli. Certaines écrivent de longs messages, très détaillés. D’autres répondent en quelques lignes. Mais toutes prennent le temps de répondre. À chacune, je pose la même question : « Est-ce que le fait d’être une femme a compliqué votre parcours scientifique ? ». Première réponse, sans détour : dans les sciences du sport, la question du genre n’est pas toujours centrale. « Je ne ressens pas de frein particulier en tant que femme dans le milieu des sciences du sport », m’explique par exemple Stéphanie Meriaux, doctorante dans ce domaine. Je relis la phrase. Je m’attendais à un réponse plus nuancée, mais non. Dans certains laboratoires, la parité progresse.

Un milieu compétitif

Du coté des neurosciences, le discours est différent, mais tout aussi nuancé. « Il faut faire ses preuves constamment », m’écrit une chercheuse. « C’est un métier très compétitif. Mais la concurrence se fait entre les personnes, pas entre les hommes et les femmes. » À nouveau, surprise. L’idée revient : un milieu exigeant, mais pas forcément hostile. D’autres évoquent plutôt la question de la confiance. Pas forcément des obstacles imposés, mais des freins personnels. Certains parlent de la difficulté à se projeter. De la peur de ne pas être légitime. Pas du manque de compétences. « Je pense que les femmes ont peut-être tendance à ne pas oser faire le grand saut dans la recherche… mais elles sont les bienvenues ! », écrit Lucie Nivet, chercheure en sciences du sport. Dans certains domaines, comme la biologie, la situation semble même s’inverser. « Quelques équipes sont même majoritairement féminines ! », ajoute-t-elle.

Des échanges courts… mais marquants

Le temps file. Les réponses continuent d’arriver rapidement. Tout est courtois, très direct, très simple. On apprend à découvrir les sciences d’une autre manière. À travers des mots, à travers des avatars, des visages enfermés dans des petites bulles. En quelques minutes, on comprend une chose : la place des femmes en sciences ne se résume pas à une seule réalité, ni à quelques statistiques. Elle dépend des disciplines. Des équipes. Des parcours. Des générations.

DM une scientifique ? Peut-être pas impossible, finalement. Pas si impossible d’envoyer un message. Pas si impossible d’avoir un réponse. Pas si impossible d’imaginer sa place. Ce jour-là, derrière un écran, une vraie jeune fille a peut-être compris ça.

Coline Jassaud