Brigitte Lecordier : la voix de Dragon Ball et Oui-Oui à Canneseries

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Brigitte Lecordier est venue à Canneseries rencontrer son public - © Crédit : Hugo Petitjean

À l’occasion du festival international Canneseries, la célèbre voix de Son Goku, Oui-Oui ou encore Nicolas dans Bonne Nuit Les Petits est venue à la rencontre du public à l’espace Miramar de Cannes. Zoom avec Brigitte Lecordier, sur son métier de comédienne doubleuse et les points clés de sa carrière.

De nombreux enfants, mais aussi beaucoup d’adultes étaient présents dans la salle obscure de l’espace Miramar, presque comble pour l’occasion. Et pour cause : Brigitte Lecordier traverse les époques. Si certains ne savent pas forcément citer son nom ou décrire son visage, la plupart sont forcément capable d’identifier sa voix. Gentillette, enfantine, elle est reconnaissable entre mille, donnant l’opportunité à la comédienne de prêter son timbre pour un grand nombre de productions télévisées et cinématographiques.

153 épisodes de Dragon Ball

La plus célèbre, surtout des fans de manga et d’animes, c’est Dragon Ball. Elle prête sa voix à Son Goku dans les 153 épisodes de la série. Pour la suite, Dragon Ball Z, elle a préféré céder sa place. « Je trouvais que ma voix était un peu juste, parce que Son Goku grandit et s’étoffe. Donc j’ai demandé qu’un homme me remplace. À la place, j’ai incarné Son Gohan (le fils de Son Goku, NDLR) ». À son actif aussi, la voix innocente de Oui-Oui, celle de Nicolas dans Bonne Nuit Les Petits ou de Bouba, le petit ourson. Plus récemment, elle a prêté sa voix à La Petite Mort, produit par France Télévisions et diffusé sur France 4.

De clown à comédienne de doublage

Pourtant, sa carrière dans le doublage n’était pas toute tracée : Brigitte Lecordier ne l’avait pas envisagée. « Mon rêve d’enfant, c’était d’être clown. À l’époque, on m’avait dit que c’était un métier de garçon. Donc j’ai fait mes études comme tout le monde », se souvient la comédienne. Et puis, l’école de clown d’Annie Fratellini a ouvert. « C’était une femme clown, alors je me suis formée auprès d’elle. J’ai commencé clown et puis on est venus me chercher pour le théâtre, parce que j’étais petite et que j’avais une voix et une personnalité rigolotes. Ma carrière, c’est un cheminement de produits en produits », analyse Brigitte Lecordier.

Un challenge : respecter l’œuvre originale

Durant toute la rencontre, Brigitte Lecordier a pris plaisir à parler de son métier et à souligner notamment l’importance de respecter l’œuvre originale, en la visionnant au préalable en langue d’origine. « Quand on fait du doublage, on défend une œuvre, voulue par quelqu’un, donc il faut respecter sa réalisation », explique la comédienne. Ce qui laisse parfois peu de place à l’improvisation. « Pour les séries étrangères, le texte français n’est pas traduit littéralement. Il est adapté précisément pour que ça colle avec les mouvements des lèvres des personnages », poursuit l’artiste.

Du dessin-animé au canular téléphonique

Brigitte Lecordier, c’est un très grand nombre de voix pour la télévision et les dessins animés. Mais plus récemment, la comédienne a aussi créé sa chaine YouTube, en 2019, sur laquelle elle poste des canulars téléphoniques. « J’appelle des gens et je leur pose des questions un peu philosophiques sur la vie en me faisant passer pour un enfant (Le petit Ninou, NDLR). C’est difficile parce que les gens sont drôles en essayant de me répondre tant bien que mal. Alors, il ne faut pas se marrer », s’amuse la comique.

La crainte de l’intelligence artificielle

Pour les enfants, Brigitte Lecordier n’a pas hésité à refaire plusieurs fois les voix de ses personnages, devant un public jamais lassé. Mais cette rencontre fut aussi l’occasion de discussions plus sérieuses, notamment au sujet de l’avenir de la profession des comédiens doubleurs face à l’intelligence artificielle. « L’IA est un réel problème pour les comédiens, mais aussi pour nous tous. C’est un outil génial quand il est bien utilisé. Mais si on l’utilise pour prendre ma voix et me faire dire n’importe quoi, c’est plus problématique », estime Brigitte Lecordier. À plusieurs reprises, le syndicat des artistes a donc tenté de légiférer pour que l’IA ne remplace pas l’humain. La comédienne a même fait circuler leur pétition contre cette dérive. « Il faut protéger les artistes de l’IA. Dans le doublage, il faut de l’humain, la sensibilité des comédiens », conclut Brigitte Lecordier.

Désormais, elle n’est plus qu’une simple voix, mais a pris la direction artistique de plusieurs projets.

« Nuage magique, tanananana » n’était pas prévue au scénario

« C’est une totale impro’ ! Ça n’était pas prévu dans le script. C’était un défi avec Éric Legrand, qui faisait la voix de Vegeta, dans Dragon Ball. On s’amusait bêtement à placer des mots et des expressions improbables, là où ça n’était pas prévu, afin de voir si on les gardait au montage. Un jour, Éric a entendu le générique où il y avait un peu cette musicalité. Et il m’a dit ‘Celui-là, tu ne pourras jamais le placer’. Alors, j’ai relevé le défi et on l’a gardé ! »

Hugo Petitjean