Racisme en Tunisie : rapatriement d’urgence des migrants d’Afrique subsaharienne

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Le président de la République tunisienne, Kaïs Saïed ©Wikimedia Commons

À la suite des propos xénophobes du président tunisien Kaïs Saïed sur les migrants clandestins en février dernier, les Africains subsahariens sont ciblés par des agressions dans le pays. Plusieurs nations planifient des opérations de rapatriement de leurs ressortissants.

« C’est de la xénophobie et c’est irresponsable », rapporte un Guinéen au micro de VOA Afrique, au sujet de l’hostilité et la violence envers les migrants d’Afrique subsaharienne qui s’accroît en Tunisie. En conséquence, le premier vol de rapatriement de clandestins guinéens décollait le jeudi 2 mars de Tunis. Selon un habitant de Conakry, interrogé par VOA Afrique, l’État « prend sa responsabilité et vient en aide aux citoyens qui partent pour chercher quelque chose et qui doivent désormais revenir dans leur pays ». L’ambassade gabonaise en Tunisie annonce également, sur média Gabon, prendre ses dispositions : « Il est demandé à ceux qui désirent rentrer au Gabon de bien vouloir se faire enregistrer sur le site internet. » La Côte d’Ivoire suit le même chemin et débloque 1,6 million de dollars pour l’exfiltration de ses ressortissants. « Sur 725 Ivoiriens recensés à l’ambassade de Côte d’Ivoire, 500 expriment le désir de rentrer », déclare Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement, sur l’Observateur. Cet élan général fait suite aux propos du président tunisien, Kaïs Saïed, tenus le 21 février : « Une horde de migrants clandestins est à l’origine de violences et d’actes inacceptables. Ils représentent une menace pour l’identité arabe et islamique du pays. »

« J’ai peur pour ma fille et pour ma femme »

Depuis l’annonce du président tunisien, les 21 000 migrants irréguliers d’Afrique subsaharienne sont ciblés par des agressions physiques. Dans la nuit du 25 février, quatre immigrés ont été poignardés à l’arme blanche à Sfax, une ville à l’est du pays. La même soirée, des étudiantes ivoiriennes et gabonaises ont été attaquées à la sortie de leur établissement universitaire situé à Tunis. « Après le discours du président, plein de choses se sont passées dans les autres quartiers. Chaque nuit, il y a des agressions. Des Tunisiens rentrent dans des maisons. Ils cassent, volent et pillent. Actuellement, il y a des personnes qui sont prises au piège, qui se trouvent dans des quartiers où ils ne peuvent pas sortir, même pour aller acheter de la nourriture. J’ai peur pour ma fille et ma femme », rapporte anonymement un ressortissant ivoirien sur RFI. Les Africains subsahariens créent des groupes WhatsApp afin de relayer les informations sur les dernières agressions (la plupart se déroulent à Bhar Lazreg, quartier nord de Tunis, ndlr). Désormais, beaucoup d’entre eux ne souhaitent plus sortir de chez eux.

Une partie de ce flux migratoire provient de la Libye

« Nous n’avons jamais choisi d’être en Tunisie, nous avons été forcés de partir de nos pays. Nous demandons à être considérés comme des réfugiés à partir du moment où nous avons fui la guerre en Libye », rapporte un migrant sur le Monde. En effet, bon nombre d’immigrés clandestins fuient le pays et trouvent refuge en Tunisie. Agressés, torturés et réduits en esclavage, la situation des Africains de l’Ouest en Libye dégénère depuis la guerre de 2011. « La Libye est un pays où les droits humains sont quotidiennement bafoués. Les migrants africains sont victimes de racisme et de brutalité », relate Judith Sunderland, spécialiste des questions migratoires, sur TV5 monde. Les ressortissants subsahariens sont accusés par les Libyens d’être affiliés au régime de Kadhafi. Pour rappel, le dictateur mène à l’époque, une politique panafricaine et accueille une grande part de main d’oeuvre d’origine subsaharienne.

Des manifestations arrivent à Paris et éclatent à Tunis
L’Union Syndicale Solidaire et les ressortissants tunisiens ont manifesté à Paris, le 3 mars, pour venir en aide aux migrants d’Afrique subsaharienne. Cette protestation fait suite aux rassemblements du samedi 25 février à Tunis, où des centaines de personnes se sont réunies après l’appel du collectif « Front anti-fasciste ». L’association dénonce les propos xénophobes et dangereux du président Kaïs Saïed.
Immigration : pourquoi la Libye est une passoire ?
En août 2022, près de 700 000 migrants de 41 nationalités différentes sont recensées sur le sol libyen par l’Organisation internationale pour les migrations. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, le pays est un tremplin pour l’immigration clandestine. Avec un désert vaste, des frontières perméables et l’absence de régime politique, le territoire facilite l’essor du trafic de personnes.

Mathilde Barat

*Ce travail a fait l’objet d’une vérification juridique et éditoriale par Lucie Guerra*