mardi 27 septembre 2022
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Génocide des Tutsis : 25 ans de soupçons sur l’implication de la France

Alors que le Rwanda se prépare à rendre hommage aux 800 000* victimes des massacres de 1994, Paris nie toute participation à ce crime contre l’humanité. Retour sur 25 ans de polémiques et d’interrogations.

A Kigali, capitale rwandaise, l’heure est au recueillement et au travail de mémoire. Chacun se souvient des images du génocide des Tutsis par les Hutus d’avril à juillet 1994, après trois ans de guerre civile. 800 000 personnes ont été assassinées en cent jours, ce qui en fait le génocide le plus rapide de l’Histoire compte tenu du nombre de morts au quotidien. Mais au-delà des hommages et des traumatismes qui persistent dans ce pays du centre de l’Afrique, les questions sans réponses persistent et se multiplient.

La France a-t-elle armé et soutenu les Hutus et de ce fait participé au massacre des Tutsis ? Pas de réponse claire pour le moment, à tout juste 25 ans de cette extermination de masse. Ce qui est certain en revanche, c’est que Paris a bien apporté un soutien militaire, financier et diplomatique au gouvernement Hutu mené par Juvénal Habyarimana pendant la guerre civile au Rwanda de 1990 à 1993. Pendant ces trois années fratricides, le Front Patriotique Rwandais (FPR) à majorité Tutsi, réclame une meilleure intégration des exilés de retour dans le pays. Mais la France aurait poursuivi ce soutien pendant le génocide de 1994. A ce moment-là, l’hexagone est en pleine cohabitation entre le président François Mitterrand et le Premier ministre Edouard Balladur.

Un ministre Hutu reçu à l’Elysée en plein génocide

Des documents d’archives accablants montrent que la France a été avertie des risques de « purification ethnique » pendant la guerre civile. Mais François Mitterrand a maintenu son soutien au gouvernement Hutu dans l’espoir de trouver une issue pacifique au conflit. C’est ce qui a donné lieu aux accords d’Arusha en 1993 pour un partage du pouvoir entre les deux communautés. L’assassinat du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 détruit tout espoir de paix et marque le début du génocide. Les extrémistes Hutus prennent le pouvoir et exterminent, avec le soutien de milices et de la population, des Tutsis ainsi que des Hutus qui les défendent. A noter que les membres de ce nouveau gouvernement se sont réunis dans l’ambassade de France à Kigali et que Paris a rapidement reconnu la légitimé de cette formation politique. Le ministre des Affaires étrangères rwandais a été reçu à l’Elysée… en plein génocide.

En 1994, le secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine admet que la France a livré des armes au gouvernement rwandais pendant les massacres. La raison ? « C’est la suite de l’engagement d’avant [pendant la guerre civile ndlr] ». Et l’homme d’ajouter : « Ça n’a rien à voir avec le génocide ». Officiellement, les armes servent à se défendre contre les rebelles du FPR. La DGSE informe pourtant l’exécutif français à propos « d’importants massacres » et recommande une « condamnation publique sans appel ». La France est le seul pays à être intervenu militairement au Rwanda en juin 1994 dans le cadre de l’opération Turquoise. Une opération « humanitaire » selon l’Elysée. Là aussi, des doutes persistent. La France aurait mené des frappes en soutien à l’armée Hutu en plein massacre.

Des « graves erreurs »

Il faut attendre 16 ans pour que Nicolas Sarkozy, premier chef d’Etat français à s’être rendu au Rwanda après le massacre, reconnaisse des « graves erreurs ». Le tout, sans pour autant présenter des excuses officielles. De quoi relancer une polémique persistante. Le président Emmanuel Macron a réuni une commission d’historiens ce vendredi pour examiner les archives et l’implication française à l’époque. La mise à l’écart de deux historiens, jugés « impartiaux », qui se sont penchés sur la question de l’implication de la France suscite l’indignation. Dans le même temps, le chef de l’Etat a décliné l’invitation du président rwandais Paul Kagame à assister aux cérémonies de commémorations du génocide à Kigali le 7 avril. La faute à un problème d’agenda selon l’Elysée. Certains se demandent quel rendez-vous peut occuper une place plus importante dans l’emploi du temps du marcheur. A ce jour, pas de réponse.

Le fondateur de Médiapart Edwy Plenel déplore l’absence d’Emmanuel Macron aux commémorations. (Capture d’écran Twitter)

*source : Organisation des Nations Unies

Hélèna Sarracanie

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