dimanche 29 janvier 2023
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Vintimille: une gare comme frontière

Ils sont une centaine de migrants à tenter leur chance chaque jour pour rejoindre la France en prenant le train. Mais peu d’entre eux y parviennent. Entre arrestations et vie dans une extrême pauvreté, chaque jour est un éternel recommencement.

« Ça fait plus d’un mois que j’essaie de passer, mais à chaque fois je me fais arrêter. Après une garde à vue, on me ramène toujours au même point ». Sekou, père de famille de 28 ans, vient de Guinée. Il veut à tout prix rejoindre la France pour retrouver sa femme et sa fille. « Ça fait cinq jours que je suis sans eux. Mon fils a 9 mois. Ils ont réussi à passer et à arriver à Nice, mais moi malgré toutes mes tentatives, je tombe toujours sur la police ».

Les fourgons qui tournent sans cesse devant la gare ne les intimident plus. La tension entre les migrants s’accentue tout de même à chaque passage des véhicules de la polizia. Une pression qui ne trouble néanmoins pas le calme de la vie de la population italienne habituée aux contrôles d’identité dans les trains en partance de Vintimille. Une situation, en somme, devenue banale.

Sekou se contente donc de coup de fils, bien que ceux-ci se fassent rare. Devant la gare de Vintimille, il n’a comme réconfort que ses compagnons de galère. Ici, tout le monde se parle, en français, en anglais, pour faire passer le temps. Une solidarité naturelle entre migrants se met en place. 

« Les droits de l’homme, ici, on ne les voit pas »

Il n’est pas le seul à tenter sa chance pour des raisons familiales.

Moussa vient de Côte D’Ivoire. Après un passage à Malte, pour lui l’eldorado se trouve à Lille: « Mon fils Hamza a eu 7 ans en janvier. J’aimerais être là pour son prochain anniversaire. Il vit avec mon ex-femme dans le Nord, mais impossible de passer. Je me retrouve toujours bloqué et je dors devant la gare, avec un simple sac de couchage ». La situation est précaire mais au-delà du froid ou de la nourriture, c’est sa santé qui le préoccupe. « Depuis plus d’un an, je ne vois plus rien de l’œil gauche mais personne ne veut me soigner. Quand j’ai demandé des soins on m’a dit d’aller en France. Les droits de l’homme, ici, on ne les voit pas».

Si en France les activistes de Kasha Niya ou les organisation non gouvernementales (ONG) comme Amesty International apportent de l’aide aux réfugiés, en Italie, la misère est à ciel ouvert. La dernière structure d’accueil « Le Campo Roja » a fermé fin juillet 2020. Pourtant, nombreuses sont les demandes d’aides. « Dites à Macron d’ouvrir les portes pour nous aider. On dort sous des ponts, dans la rue, sans aucune aide ».

Une autre frontière à l’arrêt Menton Garavan

Après avoir quitté Vintimille, le train s’arrête à Menton Garavan où la police effectue de nombreux contrôles. ©NahimIdir

À Menton Garavan, les cars de police stationnés à côté de la gare attendent les migrants. Avec une routine maintenant bien huilée. Contrôles des papiers d’identité, puis, arrestations. Ce coup-ci trois hommes sont fouillés avant d’être reconduits à Vintimille. Ici, entre 100 et 250 interpellations par jour ont lieu selon la Police de l’air et des frontières.

Une situation qui n’est pas prête de s’arrêter selon Sekou: « On est déterminés, on ne fait rien de mal. Je veux juste retrouver ma famille et avoir une meilleure vie en France. Je n’ai pas fait tout ça pour m’arrêter maintenant ».

* Ce travail a fait l’objet d’une double vérification juridique et éditoriale par Léna Peguet *

Nahim Idir

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